26 mars 1967 : Populorum progressio, quand Paul VI parle du développement des peuples

 

26 mars 1967 : Populorum progressio, quand Paul VI parle du développement des peuples





Quand l’Église parle de pauvreté, elle ne parle pas seulement d’aumône : elle parle aussi de justice.


Résumé

Die XXVI mensis Martii anno MCMLXVII, Paulus VI litteras encyclicas Populorum progressio promulgavit. In hoc documento, Ecclesia docet progressionem veram non solum oeconomicam esse, sed integram, id est totius hominis et omnium hominum.


Article

Le 26 mars 1967, le pape Paul VI publie l’encyclique Populorum progressio. Le titre peut sembler sage. Le texte, lui, l’est beaucoup moins.

Car Paul VI ne se contente pas d’encourager la charité ou de rappeler quelques principes généraux. Il pose une question redoutablement concrète : que vaut un monde chrétien, ou prétendument civilisé, si des peuples entiers demeurent enfermés dans la misère, l’humiliation et le sous-développement ?

Nous sommes dans les années 1960. La décolonisation a bouleversé la carte du monde. De nouveaux États apparaissent, mais l’indépendance politique ne suffit pas à guérir la pauvreté, les dépendances économiques, les déséquilibres commerciaux et les injustices structurelles. Le pape comprend que la question sociale, autrefois surtout pensée à l’échelle nationale ou ouvrière, est désormais devenue mondiale.

C’est là la grande nouveauté de Populorum progressio.

Paul VI parle du développement des peuples, mais il précise aussitôt que le vrai développement ne peut pas être réduit à la seule croissance économique. Il ne suffit pas d’avoir plus ; encore faut-il être davantage. Le développement authentique est, selon sa formule devenue célèbre, le développement de “tout l’homme et de tous les hommes”.

Autrement dit, une société n’est pas juste parce qu’elle produit beaucoup. Elle est juste si elle permet à la personne humaine de vivre dignement, de travailler, de se former, de nourrir sa famille, d’exercer sa liberté, d’ouvrir son âme à la vérité et à Dieu.

Le texte est important aussi parce qu’il ose nommer certains désordres. Paul VI critique les égoïsmes nationaux, les mécanismes économiques aveugles, les inégalités excessives et la logique d’un libéralisme sans frein moral. Il rappelle que la propriété privée n’est pas un absolu et qu’elle doit être ordonnée au bien commun. Voilà qui, même aujourd’hui, suffit encore à faire tousser dans quelques salons bien chauffés.

Mais l’encyclique ne verse pas non plus dans un collectivisme vague. Paul VI ne remplace pas l’idole du marché par l’idole de l’État. Il reste dans la grande tradition de la doctrine sociale de l’Église : défense de la dignité humaine, destination universelle des biens, justice dans les échanges, solidarité entre nations, responsabilité morale des gouvernants comme des acteurs économiques.

Le cœur du texte est peut-être là : la question économique est une question morale. Et plus encore, une question spirituelle. Car la misère n’est pas seulement un manque de ressources ; elle touche l’homme dans sa vocation même. Inversement, le développement n’est pas seulement affaire de technique ; il suppose une vision de l’homme, de sa fin, de ses devoirs, de sa fraternité.

C’est pourquoi Populorum progressio dépasse largement son époque. On peut y lire en germe nombre de débats contemporains : mondialisation, dette, inégalités Nord-Sud, justice commerciale, migrations, dignité du travail, critique d’une croissance sans âme.

Paul VI n’offre pas une recette économique clé en main. Il fait quelque chose de plus exigeant : il oblige les consciences chrétiennes à regarder en face la pauvreté mondiale sans la réduire à une fatalité, à un accident ou à une ligne de budget humanitaire.

En somme, cette encyclique dit aux riches comme aux nations puissantes :
vous ne pouvez pas appeler progrès ce qui laisse des peuples entiers au bord du chemin.


Points importants (English)

  • Populorum progressio was published by Pope Paul VI on March 26, 1967.

  • The encyclical expanded Catholic social teaching to a global scale.

  • It defined true development as the development of the whole person and of all people.

  • Paul VI criticized economic inequality and selfish nationalism.

  • The text insisted that economics cannot be separated from morality.

  • It remains a major reference for Catholic reflections on poverty and global justice.


Point culturel

Populorum progressio a souvent été vue comme l’une des grandes encycliques sociales du XXe siècle, au point d’être parfois surnommée la “charte du développement chrétien”. Elle a marqué durablement la pensée catholique sur les rapports entre pays riches et pays pauvres.

Son influence se retrouve jusque chez les papes suivants. Jean-Paul II, Benoît XVI et François y reviendront explicitement. Ce n’est pas un hasard : Paul VI a donné à la doctrine sociale un horizon mondial. En quelque sorte, il a compris avant beaucoup d’autres que la question sociale avait cessé d’être seulement ouvrière ou nationale ; elle était devenue planétaire.


Sources

  • Paul VI, Populorum progressio (26 mars 1967)

  • Doctrine sociale de l’Église

  • Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis

  • Benoît XVI, Caritas in veritate

  • Travaux sur l’histoire de la doctrine sociale catholique au XXe siècle

Commentaires

Articles les plus consultés