Jacob et Ésaü à Rome et Byzance : une clef biblique pour l’œcuménisme
Jacob et Ésaü à Rome et Byzance : une clef biblique pour l’œcuménisme
🟦 Summary
This reflection proposes a biblical and ecclesial typology:
Simon/Peter and Andrew mirror Jacob and Esau.
Historically, Rome received Petrine primacy (Jacob-like election) but acted outwardly like Esau, expanding and governing.
Byzantium, first-called like Andrew, became inward, contemplative, and conservative like Jacob.
True ecumenism requires Rome to recover interior reading and Byzantium to rediscover universal mission
Pierre, André, Jacob et Ésaü : une lecture typologique œcuménique
Dans une perspective œcuménique méditative, on peut risquer un rapprochement typologique entre les frères apôtres Pierre et André, fondateurs symboliques de Rome et de Byzance, et les frères jumeaux bibliques Jacob et Ésaü. Cette analogie suggère une inversion paradoxale des rôles : historiquement, Rome – associée à Pierre – aurait agi à l’image d’Ésaü (expansion, autorité, extériorité), tandis que Byzance – liée à André, le premier appelé – aurait conservé le profil de Jacob (intériorité, fidélité, « lecture » spirituelle). Pour nourrir cette réflexion, il convient d’examiner les sources patristiques, théologiques et œcuméniques qui éclairent les rapports Pierre/André et Jacob/Ésaü, ainsi que la tension entre l’Occident et l’Orient chrétiens.
Les frères apôtres Pierre et André dans la tradition
Pierre et André, frères de sang, sont devenus symboliquement les “frères fondateurs” de l’Église d’Occident et de l’Église d’Orient. La tradition catholique voit en Pierre le premier évêque de Rome, détenteur de la primauté parmi les apôtres, tandis que la tradition orthodoxe honore André comme Protoklètos, le “premier appelé”, évangélisateur du monde grec. En effet, selon l’Évangile de Jean, André fut le premier disciple à reconnaître le Messie et il amena aussitôt son frère Simon-Pierre à Jésus (Jn 1,40-42). Saint Jean Chrysostome souligne cet empressement d’André : il ne garda pas pour lui la découverte du Christ, « mais il s’empressa de l’annoncer à son frère : “Nous avons trouvé le Messie” », manifestant ainsi une âme en éveil qui attendait ardemment le Sauveur. Le même Chrysostome aurait même surnommé André « le Pierre avant Pierre », c’est-à-dire le premier à confesser le Christ avant que Pierre ne reçoive son rôle de chef.
Dans l’Église indivise des premiers siècles, Pierre et André sont commémorés comme deux apôtres complémentaires. Le patriarche œcuménique de Constantinople se considère le successeur d’André, tout comme l’évêque de Rome est le successeur de Pierre. De fait, la tradition byzantine rapporte qu’André prêcha jusqu’à Byzance et y institua l’évêque Stachys, si bien que l’Église de Constantinople revendique l’apôtre André pour fondateur. Aujourd’hui encore, à chaque fête de saint André (30 novembre), une délégation du Vatican se rend au Phanar, et réciproquement le 29 juin à Rome pour la fête de saint Pierre et saint Paul – un échange fraternel instauré depuis la rencontre historique de 1964 entre Paul VI et Athénagoras I. Comme l’exprimait le métropolite Méliton de Chalcédoine, commémorer ensemble « les apôtres André et Pierre – frères et fondateurs de nos Églises » n’est pas un geste routinier, mais une redécouverte dynamique de la fraternité qui unit Orient et Occident.
Malgré cette mémoire partagée, l’histoire a vu se creuser un fossé entre les deux “poumons” de l’Église. L’Occident latin a exalté la figure de Pierre jusqu’à faire de lui le « Prince des Apôtres » et le fondement visible de l’Église universelle, en particulier pour justifier les prérogatives exclusives de l’évêque de Rome. Cette insistance – née de développements postérieurs que l’Orient n’acceptait pas – a suscité en retour une certaine réticence orthodoxe vis-à-vis de Pierre. Comme l’explique l’archevêque Stylianos (Orthodoxe) : à force de revendiquer l’héritage de Pierre, l’Occident a rendu ce dernier « étranger à l’Orient », au point que dans la piété populaire orthodoxe il existe « peu d’églises dédiées à saint Pierre seul », son culte ayant été éclipsé au profit d’autres apôtres plus neutres (souvent associé à saint Paul, on nommera alors l’église « Saint-Paul »). Néanmoins, l’Église d’Orient n’ignore pas la grandeur de Pierre : « consciente qu’il est le frère de notre saint André le Premier-Appelé », elle lit solennellement les épîtres de saint Pierre lors des vêpres de la fête de saint André. Ce paradoxe illustre bien la tension : Pierre reste apôtre de référence pour toute l’Église, mais la revendication romaine d’une autorité monarchique de sa chaire a contrarié l’Orient au point d’affecter la perception même de Pierre.
Jacob et Ésaü : lecture patristique et symbolique
Le récit de Jacob et Ésaü (Genèse 25-33) a fasciné la tradition exégétique tant juive que chrétienne. Ces jumeaux représentent deux peuples et deux voies contrastées. Déjà dans la Genèse, Ésaü apparaît comme l’aîné vigoureux, « homme des champs » impulsif, tandis que Jacob, cadet plus réservé, « demeure sous la tente » (Gn 25,27). Jacob obtient par ruse le droit d’aînesse et la bénédiction paternelle destinée à Ésaü – inversion des rôles qui fait de Jacob l’élu malgré son rang secondaire. Saint Paul y voit un mystère de l’élection gratuite de Dieu (« Jacob j’ai aimé, Ésaü j’ai haï », Rom 9,13) et l’annonce que l’ordre ancien cèdera la place au nouveau.
Les Pères de l’Église ont largement exploité la typologie de Jacob et Ésaü. De façon générale, ils lisent ces frères rivaux comme l’opposition du bien et du mal, ou de l’esprit et de la chair. Clément d’Alexandrie et Origène, dès le III^e siècle, voient dans Jacob le symbole de la vertu et dans Ésaü celui du vice. Cette interprétation morale se diffuse largement :
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Saint Ambroise commente qu’« Ésaü, en aimant le confort, perdit la bénédiction du premier-né » tandis que « Jacob, actif et industrieux, obtint la faveur de Dieu ». Pour Ambroise, Jacob incarne le travail, la patience et la foi, face à Ésaü figure de l’oisiveté et de l’impulsivité. Bien que « supérieur en vertu », Jacob n’opposa pas de résistance violente à Ésaü mais préféra céder et fuir la colère de son frère, conseillé par sa mère Rébecca (que l’évêque de Milan identifie allégoriquement à la Patience). Ambroise admire l’humilité de Jacob revenant apaisé vers Ésaü : en Genèse 33, Jacob s’incline sept fois devant son frère. Ce geste, note Ambroise, n’est pas une simple politesse humaine : Jacob « ne s’agenouillait pas devant un homme, mais devant Celui qu’il discernait en esprit dans la personne de son frère » – c’est-à-dire Dieu même, présent dans cet événement de réconciliation. Le chiffre sept préfigure le pardon parfait enseigné par le Christ; ainsi Jacob figure l’attitude du juste qui pardonne. Ambroise conclut : « Pardonnez les torts qu’on vous fait, afin d’être enfants de Jacob. Ne vous laissez pas emporter comme Ésaü ». Être « fils de Jacob », c’est marcher dans la foi et le pardon; tomber dans la rancune et la violence, c’est imiter Ésaü.
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De même, Didyme l’Aveugle (IV^e siècle) oppose l’âme stable du juste et l’âme agitée du pécheur en s’appuyant sur nos deux patriarches. Jacob, “homme simple demeurant sous la tente”, représente l’âme vertueuse qui s’établit dans la maison intérieure, remplie de pensées dignes de la vérité, riche de la connaissance de Dieu. Ésaü au contraire, “homme des champs”, figure l’âme livrée aux passions, errant sans foyer dans le désert de ce monde. Didyme s’inscrit ici dans une tradition exégétique d’Alexandrie (empruntée déjà à Philon) qui juxtapose Jacob et Ésaü comme symboles de la vie contemplative et de la vie dissipée. L’un construit patiemment sa demeure spirituelle par l’obéissance aux commandements, tandis que l’autre, esclave de ses pulsions, « se trouve sans maison, vagabond comme Ésaü dans la steppe ». L’image de Jacob et Ésaü sert ainsi de parabole de la lutte intérieure entre l’homme nouveau et l’homme ancien.
En outre, la pairée Jacob-Ésaü a été reliée à la dialectique biblique entre Israël et les nations. Rébecca, la mère qui porte en son sein deux peuples appelés à se disputer la bénédiction, est vue par les Pères comme une figure de l’Église. Celle-ci enfante à la fois Jacob et Ésaü, c’est-à-dire qu’elle engendre à la foi aussi bien des enfants issus du peuple juif que des païens convertis. « Les circoncis et les incirconcis », explique une homélie patristique, sont rassemblés dans le même filet apostolique, comme les 153 poissons de l’Évangile, et Rébecca en est l’archétype : l’Église est la mère unique de ces deux frères ennemis réconciliés. Dans cette perspective, Jacob et Ésaü ne figurent plus l’opposition du bien et du mal, mais les deux composantes de l’humanité que le Christ réunit. L’universalité de l’Église est d’avoir pour enfants l’Israël croyant (le « reste » des Juifs accueillant Jésus) et la multitude des Gentils autrefois idolâtres, désormais convertis – deux frères que tout opposait, mais qui se rencontrent dans le giron de la même Mère-Église.
Ésaü et Rome, Jacob et Byzance : inversions et tensions historiques
La littérature rabbinique postérieure à l’ère biblique a donné à la figure d’Ésaü une tournure nettement négative en l’associant à Rome. Après la destruction de Jérusalem par les Romains (70 apr. J.-C.), les sages juifs ont lu dans Ésaü/Edom – le frère jumeau de Jacob/Israël – le symbole même de Rome païenne, puissance persécutrice usurpatrice de l’héritage d’Israël. Cette identification, à la fois mythique et polémique, projetait le conflit historique Judée/Empire romain sur l’écran de la fraternité biblique : Rome devint « Ésaü l’impie » et Israël « Jacob le juste ». Dès le I^er siècle, l’historien juif Flavius Josèphe semble esquisser ce parallèle, et au IV^e siècle saint Jérôme témoigne que les exégètes juifs de son temps appelaient couramment Rome “Édom” – une théorie qu’il mentionne pour s’en démarquer. Dans la pensée juive, Ésaü/Edom cumule alors tous les vices attribués à Rome (idolâtrie, violence, débauche, arrogance), tandis que Jacob personnifie le peuple fidèle opprimé mais finalement victorieux. Il est frappant de noter que certains rabbins nuancent ce tableau en reconnaissant « certaines qualités à Ésaü (piété filiale, vaillance) et certains défauts à Jacob (telles l’infidélité de sa descendance) », afin de justifier le succès temporaire de Rome : Dieu a pu laisser prospérer Ésaü/Rome ici-bas à cause de ses mérites relatifs, tandis que Jacob/Israël expiait ses manquements. Quoi qu’il en soit, le mythe d’Ésaü-Rome ennemi d’Israël a durablement imprégné l’imaginaire judéo-chrétien.
Les auteurs chrétiens antiques, de leur côté, n’ont que rarement adopté explicitement l’équation Rome = Ésaü. Eux aussi voyaient en Babylone ou Édom des types de l’empire persécuteur de l’Église (1 P 5,13; Ap 17-18), mais ils appliquaient surtout la rivalité Jacob/Ésaü à des lectures spirituelles ou ecclésiales internes. Ainsi, saint Augustin reprend l’opposition des deux frères pour distinguer l’Église des vrais croyants (les “Jacob”) et la masse des mauvais chrétiens ou schismatiques (les “Ésaü”) – par exemple dans sa lutte contre les donatistes ou les pélagiens. De même, saint Athanase aurait comparé son combat contre l’hérésie arienne à celui de Jacob contre Ésaü. L’image sert à exprimer que le véritable peuple de Dieu (Jacques/Israël) finit par l’emporter sur les faux frères ou les impies (Ésaü/Edom), conformément à l’oracle « le plus grand servira le plus petit » (Gn 25,23).
Ceci posé, l’analogie proposée entre Rome et Byzance d’une part, Jacob et Ésaü d’autre part joue justement sur un renversement ironique. Si l’on calque la situation ecclésiale postérieure (après le schisme) sur le schéma biblique, on s’aperçoit que les rôles sont brouillés :
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André, dans l’Évangile, est l’aîné en vocation (“Premier-Appelé”), un peu à l’image d’Ésaü premier-né ; Pierre est appelé en second mais reçoit la primauté, rappelant Jacob supplantant son frère. Pourtant historiquement, l’Église de Pierre (Rome) s’est comportée plutôt comme l’“aîné” dominateur, étendant son empire spirituel à travers le monde, revendiquant une autorité universelle (souvent au prix de heurts avec l’Orient). Rome a développé un génie de l’organisation, du droit canon, de la mission extérieure – autant de traits qu’on pourrait qualifier d’« ésauites » au sens symbolique (Ésaü était un chasseur entreprenant, guidé par l’attrait immédiat – il vendit son droit d’aînesse pour un plat de lentilles). Par contraste, l’Église d’André (Byzance) a gardé un caractère plus intériorisé et traditionnel, privilégiant la continuité doctrinale, la liturgie et la philokalia (amour de la prière), se montrant longtemps méfiante envers les évolutions ou expansions hasardeuses. Cette Église orientale, telle un Jacob paisible, est restée attachée à “demeurer dans la tente”, c’est-à-dire à approfondir le mystère à l’abri de la tradition reçue, plutôt qu’à conquérir de nouveaux territoires. On a pu dire de l’Orthodoxie qu’elle a une âme contemplative et mystique, là où le Catholicisme latin serait plus actif et structurel. Sans tomber dans les clichés, il est vrai que l’Orient chrétien conçoit l’Église moins comme une institution centralisée que comme un mystère vivant. « En Orient, l’Église n’est pas d’abord une organisation, mais un sacrement: l’épiphanie du salut, une vie nouvelle en Christ, une communion, une déification », tandis qu’en Occident la théologie a longtemps insisté sur les aspects juridiques et visibles de l’Église. Selon cette perspective, les Occidentaux auraient l’“esprit d’Ésaü” (préoccupé de l’ordre visible et immédiat) et les Orientaux l’“esprit de Jacob” (orienté vers le mystère invisible). C’est bien sûr schématique, mais éclairant dans le cadre de notre analogie.
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On note par ailleurs une sorte de compétition fraternelle inversée : dans la Bible, c’est Jacob (le cadet) qui obtient la bénédiction et prend la tête, tandis qu’Ésaü (l’aîné) est relégué au second plan – mais non sans rancune. Transposé à l’histoire de l’Église, on pourrait dire que l’Occident (Pierre/Jacob) a obtenu la “bénédiction” d’une prédominance historique, surtout après le Moyen Âge, et que l’Orient (André/Ésaü) a pu ressentir une dépossession de son droit d’aînesse apostolique. Or paradoxalement, Rome elle-même, triomphante, a parfois adopté l’attitude d’Ésaü : dans sa soif de prééminence, ne vendit-elle pas elle aussi certains “trésors spirituels” pour asseoir son pouvoir temporel ? À l’inverse, Byzance a pu ressembler à Jacob conservant précieusement l’héritage spirituel (Scriptures, liturgie, théologie patristique), quitte à paraître en retrait sur la scène mondiale. Cette inversion ironique – Jacques devenu Ésaü, Ésaü devenu Jacob – a de quoi nourrir la méditation.
Naturellement, l’analogie a ses limites et ne prétend pas juger de la valeur de chacune des Églises-sœurs. Elle offre néanmoins une trame narrative pour relire la division entre Orient et Occident. Plutôt qu’un schisme sans retour, on peut y voir une querelle de frères qui, comme Jacob et Ésaü, ont traversé l’hostilité et la distance mais aspirent à la réconciliation. « Si c’est un divorce, disait un commentateur, je dirais que c’est plutôt comme l’éloignement de Jacob et Ésaü… Pierre et André étant frères, quelqu’un devra bien faire le premier pas » vers la rencontre. De fait, Jacob et Ésaü se retrouvent enfin dans la Bible (Gn 33) : Ésaü court à la rencontre de Jacob, « il l’embrassa et se jeta à son cou ». Aucune rancune ne subsiste lorsque les deux frères fondent en larmes.
Vers une lecture œcuménique de la fraternité inversée
Appliquée à Pierre et André, à Rome et Byzance, cette image invite à l’espérance œcuménique. Elle suggère que les différences entre l’Église latine et l’Église orientale – loin de justifier une inimitié perpétuelle – peuvent être relues à la lumière du dessein de Dieu qui transcende les oppositions. Tout comme Jacob et Ésaü avaient « le même sein maternel » (Rebecca figure de l’Église) et la même promesse divine, de même Catholiques et Orthodoxes ont le même héritage apostolique et sacramentel, et une mission complémentaire. Saint Jean-Paul II a souvent repris la métaphore des « deux poumons » : « L’Église doit respirer avec ses deux poumons, l’Occidental et l’Oriental », disait-il, pour signifier que sans l’un ou l’autre le corps du Christ est amputé. Cette respiration à deux temps – contemplation orientale et action occidentale, tradition et progrès, intériorité et universalité – est appelée à s’harmoniser dans une seule Église du Christ pleinement unie.
Plusieurs théologiens œcuméniques, tant orthodoxes que catholiques, ont souligné la nécessité d’une synergie entre Rome et Byzance dans l’économie divine. Le père Georges Florovsky notait que l’histoire chrétienne est une trame commune : « L’Orient et l’Occident ne sont pas deux entités indépendantes… Ils proviennent d’une tradition commune », de sorte qu’aucun ne peut se comprendre sans l’autre. De même, le métropolite Zizioulas et le cardinal Ratzinger (Benoît XVI) ont dialogué sur la façon dont la primauté romaine pourrait s’exercer dans la communion des Églises, sans écraser la synodalité orientale – c’est l’objet de documents tels que la déclaration de Ravenne (2007) ou de Chieti (2016) sur « Primauté et synodalité ». On cherche ainsi à dépasser le schéma conflictuel Ésaü/Jacob (où l’un l’emporte sur l’autre) pour retrouver le modèle des frères apôtres Pierre et André marchant côte à côte, chacun honorant le rôle de l’autre.
En définitive, la typologie biblique peut éclairer notre chemin œcuménique à condition de ne pas figer les rôles. Si à certains égards Rome a joué le rôle d’Ésaü et Byzance celui de Jacob, il ne s’agit pas de désigner un “méchant” et un “élu” ! Car dans le plan de Dieu, Jacob et Ésaü ont tous deux leur descendance et leur bénédiction propre (Gn 33,9 : Ésaü déclare même : « J’ai assez de biens, mon frère »). L’important est qu’ils se réconcilient sous le regard de Dieu, enrichis par leurs expériences respectives. De même, l’Église latine et l’Église orientale ont chacune apporté des biens inestimables au christianisme, et chacune a aussi connu ses faiblesses. L’une peut sembler avoir l’ardeur missionnaire d’Ésaü, l’autre la profondeur de Jacob ; mais l’Église du Christ a besoin des deux. Elle a besoin de Pierre et d’André, du charisme de gouvernance universelle et de la fidélité à la première Tradition.
En retrouvant l’étreinte fraternelle de Pierre et d’André, l’Occident et l’Orient pourront dépasser l’antithèse Jacob/Ésaü et comprendre qu’ils sont appelés ensemble – comme deux frères jumeaux – à hériter de la même promesse. L’Écriture nous assure que, malgré les ruses, les conflits et les séparations, Dieu a conduit Jacob et Ésaü au pardon mutuel. C’est là un motif d’espérance pour le mouvement œcuménique : ce qui fut divisé peut être rapproché, et les premiers appelés comme les institutions établies trouveront leur place dans la Maison commune, sous la bénédiction du Père. Comme le résume poétiquement un auteur orthodoxe contemporain : « Quand Pierre reviendra embrasser son frère André, alors Jacob et Ésaü cesseront de se quereller en nous ». Puissions-nous voir ce jour où l’Église respirera pleinement d’un seul souffle, réconciliant en elle l’élan d’Ésaü et la sagesse de Jacob, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
Sources citées :
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Saint Jean Chrysostome – Homélie sur l’Évangile de Jean (extrait sur saint André).
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Stylianos de Australie (archev. orthodoxe) – The Apostle Peter and Orthodox Conscience.
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Conférence de Carême à Notre-Dame de Paris (8 mars 2020), sur Rébecca figure de l’Église.
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Ambroise de Milan – Lettre 63 (98-103).
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Didyme l’Aveugle (trad. in Jacob and Esau in the Alexandrian Tradition).
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Katell Berthelot – Israël et Rome jumeaux : Rabbis et Ésaü-Édom.
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Forum byzantin ByzCath – discussion « Two lungs… » (2005), citation de Myles.
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Archons.org – Compte-rendu de la fête de saint André (30/11/2019).
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The Ecumenism Blog – « Saint Andrew the Protoclete » (A.J. Boyd, 2009).
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Byzcath.org – Différences de perspective Est-Ouest (Mariologie et ecclésiologie).
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Saint Jean-Paul II – Ut Unum Sint, §54 (1995).
🟦 Key points (English)
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Christ does not abolish history but fulfills it through Israel and the nations
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Andrew is first-called; Peter receives the name and responsibility
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Jacob/Esau illuminate inversion between election and historical behavior
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Rome expanded universally but lost some interiority
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Byzantium preserved depth but limited mission
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Unity requires role-correction, not absorption
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Ecumenism is reconciliation of brothers, not uniformity
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