⚔️ Grégoire IX : le pape qui affronta l’Empereur et institua l’Inquisition pontificale
François d’Assise, Frédéric II, les Décrétales et l’Inquisition : le pontificat immense et redoutable d’un pape du XIIIᵉ siècle
📅 22 août 1241 — Mort de Grégoire IX
Le 22 août 1241, Grégoire IX mourait à Rome au terme de quatorze années d’un pontificat parmi les plus puissants — et les plus controversés — du Moyen Âge.
Son nom est indissociable de quatre histoires qui pourraient presque appartenir à quatre papes différents.
Il fut l’homme qui canonisa saint François d’Assise.
Il canonisa également saint Dominique.
Il affronta avec une violence extraordinaire l’empereur Frédéric II, qu’il excommunia.
Il fit rassembler les Décrétales, monument fondamental du droit canonique médiéval.
Et c’est sous son pontificat que se structurèrent les origines de ce que nous appelons aujourd’hui l’Inquisition pontificale.
Impossible, par conséquent, d’en faire un pape de vitrail.
Impossible également d’en faire simplement un monstre médiéval.
Grégoire IX appartient à ce XIIIᵉ siècle où la papauté entend gouverner une chrétienté entière, défendre la liberté de l’Église, combattre l’hérésie, arbitrer les princes et rappeler même à l’empereur qu’il existe une autorité qu’il ne possède pas.
Un monde qui n’est plus le nôtre.
Et c’est précisément pour cela qu’il faut essayer de le comprendre avant de le juger.
✠ Summarium Latine Ecclesiastico
Die XXII Augusti MCCXLI Romae mortuus est Gregorius Papa IX, unus ex praecipuis Pontificibus saeculi XIII. Sanctos Franciscum Assisiensem et Dominicum canonizavit, Ordines Mendicantes fovit, Decretales promulgavit atque libertatem Ecclesiae contra Fridericum II Imperatorem strenue defendit. Sub eius pontificatu etiam Inquisitio pontificia contra haereses ordinari coepit. Pontificatus eius splendorem simul et severitatem Christianitatis mediaevalis manifeste ostendit.
✒️ Résumé
Grégoire IX est un pape déroutant.
Si l’on ne retient que son affection pour François d’Assise, on pourrait en faire un pape de la pauvreté évangélique.
Si l’on ne retient que son combat contre Frédéric II, il devient un pape théocratique affrontant l’Empire.
Si l’on ne retient que les Décrétales, il devient un pape juriste.
Si l’on ne retient que l’Inquisition, il devient le symbole de la répression médiévale.
Il fut tout cela à la fois.
Et c’est probablement la meilleure manière d’entrer dans le XIIIᵉ siècle.
À cette époque, la papauté ne distingue pas comme nous le faisons aujourd’hui religion, politique, droit, société et salut des âmes.
L’hérésie n’est pas seulement considérée comme une opinion religieuse fausse.
Elle est perçue comme une menace pour l’unité chrétienne et sociale.
L’empereur n’est pas simplement un chef d’État étranger.
Il appartient à l’ordre de la chrétienté.
Le droit canonique n’est pas une discipline marginale.
Il organise une société ecclésiale présente dans toute l’Europe.
Grégoire IX fut l’un des hommes qui voulurent donner une forme juridique et pontificale à cette chrétienté.
Et peut-être en fut-il également l’un des derniers grands rêveurs.
👑 Ugolino : presque quatre-vingts ans et une énergie redoutable
Avant Grégoire IX, il y eut Ugolino, issu de la puissante famille des comtes de Segni.
Il naît à Anagni, probablement vers le milieu du XIIᵉ siècle. Sa date de naissance exacte reste discutée, ce qui invite à la prudence lorsqu’on lui attribue un âge précis à son élection.
Il appartient au même univers familial qu’Innocent III, l'un des papes les plus puissants du Moyen Âge.
Cardinal pendant de longues années, Ugolino possède donc une expérience considérable de la Curie lorsqu’il succède à Honorius III en mars 1227.
Le Saint-Siège le compte comme 178ᵉ pape, avec un pontificat allant de mars 1227 au 22 août 1241.
Il choisit le nom de Grégoire IX.
Et presque immédiatement, il trouve devant lui un homme qui possède exactement le tempérament nécessaire pour provoquer une guerre de titans.
Frédéric II de Hohenstaufen.
🦅 Frédéric II : l’empereur qui fascinait l’Europe
Frédéric II est roi de Sicile, roi des Romains, empereur.
Il parle plusieurs langues.
Il s’intéresse aux sciences.
Sa cour sicilienne rassemble des influences latines, grecques, arabes et juives.
Il correspond avec des savants.
Il écrit sur la fauconnerie.
Il est probablement l’un des souverains les plus cultivés de son époque.
Plus tard, certains le surnommeront Stupor mundi, la « stupeur du monde ».
Bref : exactement le genre d’homme qui supporte assez mal qu’un pape lui explique ce qu’il doit faire.
Et Grégoire IX est exactement le genre de pape qui supporte assez mal qu’un empereur lui explique ce que l’Église doit accepter.
L’affrontement devient presque inévitable.
⚔️ Une croisade qui commence par une excommunication
Frédéric II avait promis de partir en croisade.
Il tarde.
Il reporte son départ.
Lorsqu’il entreprend finalement de partir en 1227, une maladie l’oblige à revenir.
Grégoire IX estime que l’empereur a encore manqué à son engagement.
Il l’excommunie.
La situation devient extraordinaire.
Frédéric finit néanmoins par partir en Terre sainte en 1228…
tout en restant excommunié.
Et l'empereur obtient par la diplomatie ce que beaucoup de croisés n’avaient pas obtenu par les armes : Jérusalem revient pour un temps sous contrôle chrétien grâce à un accord avec le sultan al-Kamil.
Un empereur excommunié entre donc à Jérusalem.
Même le XIIIᵉ siècle savait produire des situations ecclésiastiques compliquées.
🕊️ 1228 : Grégoire IX proclame saint François
Pendant que le conflit impérial occupe une grande partie de son pontificat, Grégoire IX accomplit quelque chose de tout différent.
Il connaît personnellement François d’Assise.
Avant son élection pontificale, le cardinal Ugolino avait été proche du mouvement franciscain et avait joué un rôle important auprès du nouvel ordre.
François meurt en octobre 1226.
Moins de deux ans plus tard, le 16 juillet 1228, Grégoire IX le canonise à Assise.
La rapidité est remarquable.
Le pape qui allait devenir célèbre pour ses conflits politiques avait donc également perçu l’importance extraordinaire de cet homme qui avait choisi de ne presque rien posséder.
Quel contraste !
Le pape de la puissance pontificale canonise le saint de la pauvreté absolue.
Et pourtant, aux yeux de Grégoire, il n’y avait probablement aucune contradiction.
🐕 1234 : saint Dominique rejoint François
Six ans plus tard, Grégoire IX canonise Dominique de Guzmán.
Voilà réunies deux des grandes forces spirituelles du XIIIᵉ siècle :
les Franciscains,
et les Dominicains.
Grégoire IX soutient puissamment les ordres mendiants et contribue à leur donner une place immense dans l’Église.
Ils prêchent.
Ils enseignent.
Ils évangélisent les villes.
Ils entrent dans les universités.
Ils deviennent missionnaires.
Mais certains d’entre eux vont également recevoir une autre mission.
Une mission dont le nom est devenu infiniment plus sombre :
l’Inquisition.
🔥 Grégoire IX a-t-il créé l’Inquisition ?
La réponse la plus exacte est :
il joue un rôle décisif dans la formation de l’Inquisition pontificale médiévale.
Le Vatican lui-même situe les origines de l’Inquisition médiévale dans la première moitié du XIIIᵉ siècle, sous le pontificat de Grégoire IX. Jusqu’alors, la répression de l’hérésie relevait principalement des évêques ; le Saint-Siège commence à intervenir plus directement par des légats puis par des religieux, surtout dominicains et franciscains.
Mais attention à l’image que produit immédiatement le mot « Inquisition ».
Grégoire IX ne se réveille pas un matin de 1231 en inventant de toutes pièces une institution parfaitement organisée qui fonctionnerait ensuite sans changement pendant six siècles.
Le développement est progressif.
Il existait déjà des procédures ecclésiastiques contre l’hérésie.
Les autorités civiles punissaient elles aussi l’hérésie.
Les papes précédents avaient légiféré.
Grégoire IX franchit cependant une étape déterminante : Rome confie à des juges délégués une mission spécifiquement inquisitoriale dépassant le seul cadre de la justice épiscopale locale.
Des commissions apparaissent à partir de 1231 et surtout 1233.
L’Inquisition pontificale prend forme.
❓ Mais qu’est-ce qu’« inquisitio » ?
Voilà un mot qu’il faut débarrasser momentanément de toutes les images qu’il évoque.
Le latin inquisitio signifie fondamentalement une enquête.
L’évolution juridique médiévale permet au juge de rechercher lui-même les faits au lieu d’attendre nécessairement qu’un accusateur privé engage une procédure.
Dans le domaine religieux, l’objectif devient la recherche des personnes soupçonnées d’hérésie, leur interrogatoire, l’établissement des faits et, idéalement, leur réconciliation avec l’Église.
Car il faut rappeler quelque chose que les représentations populaires oublient souvent :
l’objectif premier du tribunal ecclésiastique est d’obtenir l’abjuration et le retour du condamné à la foi catholique.
Cela n’en fait évidemment pas une juridiction correspondant à nos conceptions contemporaines de la liberté religieuse.
Mais cela permet de comprendre sa logique interne.
L’Inquisition médiévale ne se pense pas elle-même comme une machine destinée à fabriquer des martyrs.
Elle se pense comme un tribunal destiné à identifier l’hérésie, obtenir le repentir et protéger la communauté chrétienne.
🧠 Pourquoi l’hérésie paraît-elle si grave au XIIIᵉ siècle ?
C’est probablement le point le plus difficile à comprendre aujourd’hui.
Pour nous, une hérésie est spontanément perçue comme une opinion religieuse.
Quelqu’un croit A.
Un autre croit B.
Pourquoi le tribunal interviendrait-il ?
Mais le XIIIᵉ siècle ne connaît pas notre conception d’une société religieusement neutre.
La foi est une composante de l’ordre social.
L’hérésie organisée peut être perçue simultanément comme :
une erreur doctrinale,
une rupture avec l’Église,
une menace pour le salut,
et un facteur de désagrégation de la communauté chrétienne.
Les cathares, en particulier, ne constituent pas simplement aux yeux de l’Église quelques intellectuels ayant une interprétation originale d’un verset biblique.
Ils représentent une contre-Église possédant sa doctrine, ses ministres et ses structures dans certaines régions.
Cela ne justifie pas automatiquement tous les moyens utilisés contre eux.
Mais cela explique pourquoi les contemporains ne posaient pas le problème dans les mêmes termes que nous.
⚖️ Que risquait un hérétique ?
Il faut ici éviter deux légendes contraires.
La première serait :
« L’Inquisition brûlait tous ceux qu’elle rencontrait. »
C’est faux.
La seconde serait :
« L’Inquisition était finalement une institution presque bienveillante. »
Ce serait tout aussi trompeur.
Les peines pouvaient prendre différentes formes.
Pénitences.
Pèlerinages.
Port de signes distinctifs.
Confiscations.
Emprisonnement.
Pour les hérétiques obstinés ou relaps, la situation devenait beaucoup plus grave.
Grégoire IX reprit et développa la législation contre l’hérésie : les hérétiques impénitents pouvaient être remis au bras séculier, qui appliquait alors les sanctions civiles pouvant aller jusqu’à la mort.
La distinction entre tribunal ecclésiastique et exécution séculière est historiquement réelle.
Mais elle ne doit pas devenir une échappatoire rhétorique.
L’autorité ecclésiastique savait parfaitement ce que pouvait signifier la remise d’un condamné obstiné au pouvoir civil.
🩸 Et la torture ?
C’est ici qu’il faut être particulièrement précis.
Non, Grégoire IX n’est pas le pape qui autorisa la torture inquisitoriale.
Cette étape est postérieure.
C’est sous Innocent IV, avec la bulle Ad extirpanda de 1252, onze ans après la mort de Grégoire IX, que l’usage de la torture est juridiquement admis dans certaines procédures contre l’hérésie, sous conditions.
Cela n’innocente évidemment pas tout le système antérieur.
Mais attribuer à Grégoire IX ce qui appartient au pontificat d’Innocent IV serait simplement faux.
Et lorsqu’on écrit l’histoire, même celle de l’Inquisition, la précision doit passer avant l’effet dramatique.
⚫ Conrad de Marbourg : quand l’Inquisition dérape déjà
Les dangers apparaissent d’ailleurs très tôt.
L’un des personnages les plus inquiétants est Conrad de Marbourg, prédicateur et juge particulièrement sévère en Allemagne.
Grégoire IX lui confie des pouvoirs importants dans la lutte contre l’hérésie.
Les méthodes de Conrad provoquent rapidement de fortes résistances.
Les accusations se multiplient.
La procédure devient redoutable.
Conrad finit assassiné en 1233.
Cet épisode montre déjà la difficulté fondamentale du système :
comment combattre une erreur considérée comme mortelle sans donner à l’accusateur un pouvoir lui-même dangereux ?
Grégoire IX voulut encadrer juridiquement la lutte contre l’hérésie.
Mais certains des hommes auxquels Rome accorda sa confiance purent précisément montrer les risques d’une justice d’exception. Les historiens soulignent que les activités parfois irrégulières de certains juges délégués suscitèrent déjà de fortes critiques au XIIIᵉ siècle.
🛡️ Peut-on défendre l’Inquisition de Grégoire IX ?
On peut l’expliquer.
On peut la contextualiser.
On peut corriger les légendes.
On peut rappeler que l’Inquisition espagnole des XVe-XIXe siècles n’est pas l’Inquisition pontificale médiévale du XIIIᵉ siècle.
On peut rappeler que la torture ne fut autorisée dans ce cadre qu’après Grégoire IX.
On peut rappeler que le pouvoir civil pratiquait lui-même une justice extrêmement dure.
On peut rappeler que les tribunaux inquisitoriaux disposaient de procédures juridiques réelles et cherchaient souvent l’abjuration plutôt que l’exécution.
Tout cela est nécessaire.
Mais cela ne nous oblige pas à dire :
« Donc tout était bien. »
Un catholique n’a pas besoin de prétendre que toutes les décisions disciplinaires prises par tous les papes de l’histoire furent parfaites.
L’Église elle-même a développé sa compréhension de la liberté religieuse, de la dignité de la conscience et des rapports entre contrainte civile et foi.
On peut donc reconnaître à la fois la logique médiévale de Grégoire IX et les limites graves d’un système répressif appliqué aux convictions religieuses.
La fidélité à l’Église n’exige pas de réécrire l’histoire.
📚 1234 : le pape qui met de l’ordre dans le droit
Réduire Grégoire IX à l’Inquisition ferait cependant disparaître l’une de ses réalisations les plus durables.
Le droit canonique médiéval s’était considérablement développé.
Décisions conciliaires.
Décrétales pontificales.
Canons.
Jurisprudence.
Il fallait mettre de l’ordre.
Grégoire IX confie donc au dominicain et juriste Raymond de Peñafort la préparation d’une grande compilation.
En 1234 sont promulguées les Décrétales de Grégoire IX, ou Liber Extra.
Elles deviennent l’une des grandes collections du Corpus Iuris Canonici.
Pendant des siècles, des générations de canonistes vont travailler sur ces textes.
Voilà une autre facette de Grégoire :
il veut gouverner par le droit.
Même son combat contre l’hérésie participe de cette volonté de transformer une réaction dispersée en procédure juridique dépendant davantage de Rome.
🎓 Le protecteur de l’Université de Paris
Autre surprise.
Le pape que l’on associe à l’Inquisition intervient également dans l’histoire de la liberté universitaire.
Après une grave crise à Paris, Grégoire IX publie en 1231 la bulle Parens scientiarum.
Elle joue un rôle majeur dans l'organisation et les privilèges de l’Université de Paris.
Le pape comprend l’importance des maîtres et des étudiants.
Le XIIIᵉ siècle qui combat l’hérésie est aussi celui qui construit les universités.
Cela peut nous sembler contradictoire.
Pour les médiévaux, ça ne l’était pas nécessairement.
La recherche intellectuelle était encouragée à l’intérieur d’un univers où certaines vérités religieuses étaient considérées comme données.
🦅 Le retour de Frédéric II
Mais revenons à l’empereur.
Une première réconciliation avait été trouvée.
Elle ne dure pas.
Les ambitions de Frédéric II en Italie inquiètent profondément Grégoire IX.
Le pape redoute qu’un empereur dominant à la fois l’Allemagne, l’Italie du Nord et le royaume de Sicile n’encercle pratiquement les États pontificaux.
En 1239, Grégoire excommunie de nouveau Frédéric II.
Cette fois, le conflit atteint une violence exceptionnelle.
La propagande des deux camps devient apocalyptique.
L’empereur dénonce le pape.
Le pape présente le combat contre l’empereur dans des termes extraordinairement sévères.
Nous ne sommes plus dans une querelle diplomatique.
Nous sommes dans un affrontement sur la question même de savoir qui doit ordonner la chrétienté.
👑 Le pape est-il au-dessus de l’empereur ?
Derrière Frédéric II et Grégoire IX se cache une immense question médiévale.
Le pape possède l’autorité spirituelle.
L’empereur possède l'autorité temporelle.
Mais que se passe-t-il lorsque les deux se heurtent ?
Pour la papauté du XIIIᵉ siècle, l’empereur chrétien n’est pas souverain dans un univers totalement indépendant de l’ordre spirituel.
Il reste soumis à la loi morale et à l’ordre chrétien.
Pour l’Empire, la prétention pontificale à intervenir dans les affaires temporelles peut devenir insupportable.
Ce conflit ne commence pas avec Grégoire IX.
Il remonte notamment à la querelle des Investitures.
Il continuera après lui.
Mais avec Frédéric II, il prend une dimension presque personnelle.
Deux universalismes se regardent dans les yeux.
Et aucun ne veut baisser le regard.
⛓️ Le concile qui n’arriva jamais
Grégoire IX veut réunir un concile à Rome en 1241.
Des prélats doivent venir de toute l’Europe.
Frédéric II cherche à empêcher leur arrivée.
Une flotte transportant plusieurs ecclésiastiques est interceptée par les forces impériales lors de la bataille de Giglio.
Des prélats sont capturés.
Le concile devient impossible.
Le conflit atteint alors un niveau extraordinaire :
un empereur chrétien empêche des évêques de rejoindre le pape à Rome.
Et Grégoire est désormais très âgé.
Rome elle-même se trouve menacée.
🕯️ 22 août 1241 : Grégoire meurt
Le pape tient encore.
Puis, le 22 août 1241, Grégoire IX meurt à Rome.
Le Saint-Siège fixe officiellement à cette date la fin de son pontificat.
Il laisse derrière lui une Église puissante mais plongée dans un conflit immense avec l’Empire.
Frédéric II lui survivra neuf années.
Le conflit entre papauté et Hohenstaufen continuera.
Mais Grégoire IX aura profondément marqué la fonction pontificale.
❤️ Souvenir oublié : le pape de l’Inquisition était aussi l’ami des nouveaux ordres
Voilà peut-être ce qui dérange le plus dans son portrait.
Nous aimerions parfois que l’histoire distribue proprement ses personnages.
Les hommes doux d’un côté.
Les hommes sévères de l’autre.
Grégoire IX refuse ce classement.
Le même homme peut soutenir passionnément les Franciscains, canoniser François d’Assise moins de deux ans après sa mort, canoniser Dominique, favoriser les nouveaux mouvements religieux…
et participer à la construction d’un appareil judiciaire destiné à poursuivre l’hérésie.
Il n’y voyait pas une contradiction.
Pour lui, il s’agissait des deux faces d’une même mission :
annoncer la vérité et défendre la vérité.
Nous pouvons aujourd’hui discuter — et critiquer — les moyens employés pour la seconde.
Mais nous ne comprendrons jamais Grégoire IX si nous séparons artificiellement les deux.
⚖️ Alors, quel jugement porter sur Grégoire IX ?
Ni canonisation rétrospective.
Ni procès anachronique.
Grégoire IX fut un très grand pape médiéval, au sens presque littéral du terme : un pontife convaincu que le successeur de Pierre devait intervenir dans toutes les grandes questions de la chrétienté.
Il protégea et encouragea les ordres mendiants.
Il canonisa François et Dominique.
Il renforça le droit canonique.
Il défendit vigoureusement l’indépendance de l’Église face à Frédéric II.
Il contribua à l'essor des universités.
Mais il fut également l’un des principaux artisans de l’organisation de l’Inquisition pontificale, avec tout ce que cette institution comporte, pour notre regard contemporain, de profondément problématique.
Il faut tenir les deux.
Car l’histoire catholique devient inutile dès qu’elle se transforme soit en légende dorée, soit en légende noire.
Grégoire IX appartient pleinement à son siècle.
Un siècle capable de bâtir des cathédrales.
De produire François d’Assise et Thomas d’Aquin.
De créer les universités.
D’organiser juridiquement la chrétienté.
Et de poursuivre l’hérésie par des tribunaux.
Grandeur et dureté ne sont pas deux XIIIᵉ siècles différents.
Ils appartiennent au même monde.
🌿 Note culturelle — Grégoire IX dans les fresques de Raphaël
Grégoire IX possède une postérité artistique extraordinaire au Vatican.
Dans la Stanza della Segnatura, Raphaël représente la remise des Décrétales à travers une scène idéalisée consacrée au droit canonique.
Le pape médiéval devient ainsi, plusieurs siècles après sa mort, l’incarnation du législateur pontifical.
C’est peut-être l’image qui résume le mieux son pontificat.
Grégoire IX n’était pas seulement un homme de condamnations.
Il était un homme convaincu que la chrétienté devait être ordonnée par le droit.
Et cette conviction explique aussi bien ses Décrétales que, d’une manière beaucoup plus inquiétante pour nous, l’organisation progressive de la procédure inquisitoriale.
📌 Ce qu’il faut retenir
☐ Grégoire IX fut pape de 1227 à sa mort, le 22 août 1241.
☐ Il fut personnellement proche du mouvement franciscain et canonisa saint François d’Assise en 1228.
☐ Il canonisa saint Dominique en 1234.
☐ Il affronta à plusieurs reprises l’empereur Frédéric II, qu’il excommunia.
☐ Les Décrétales de Grégoire IX, promulguées en 1234, constituent un monument du droit canonique médiéval.
☐ C’est sous son pontificat que se structurent les origines de l’Inquisition pontificale médiévale.
☐ Des Dominicains, mais aussi des Franciscains et d’autres clercs, furent employés dans la lutte inquisitoriale contre l’hérésie.
☐ Les hérétiques obstinés pouvaient être remis au bras séculier et encourir la peine capitale.
☐ La torture inquisitoriale ne fut pas autorisée par Grégoire IX : l’étape juridique décisive est postérieure, avec Innocent IV en 1252.
☐ Comprendre l’Inquisition médiévale nécessite de la replacer dans une société où l’unité religieuse était considérée comme une composante de l’ordre public, sans pour autant nier la violence du système.
📚 Sources
• Saint-Siège — Grégoire IX — notice officielle du 178ᵉ pape : début du pontificat en mars 1227 et mort le 22 août 1241.
• Dicastère pour la Doctrine de la Foi — Pour faire connaître et garder la foi — histoire institutionnelle situant explicitement les origines de l’Inquisition médiévale sous Grégoire IX.
• New Catholic Encyclopedia / Encyclopedia.com — Inquisition — développement des procédures inquisitoriales, rôle des juges délégués et organisation progressive sous Grégoire IX.
• New Catholic Encyclopedia — Gregory IX — étude du pontificat, de son rapport aux ordres mendiants, de son action contre l’hérésie et du conflit avec Frédéric II.
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Comment faut-il juger Grégoire IX aujourd’hui ?
Comme le grand pape qui soutint les Franciscains et les Dominicains, canonisa François et Dominique, défendit l’indépendance de l’Église et donna au droit canonique l’un de ses monuments ?
Ou son rôle dans la naissance de l’Inquisition pontificale doit-il peser beaucoup plus lourdement dans notre jugement ?
Peut-on surtout comprendre une institution médiévale sans l’excuser, et la critiquer sans transformer le XIIIᵉ siècle en XXIᵉ siècle avec des costumes médiévaux ?
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