Le paradis n’est pas un nuage

 


Ce que signifie vraiment la résurrection de la chair




Summarium latinum

Spes christiana non consistit in anima a corpore in aeternum separata, sed in resurrectione totius personae. Post mortem, anima immortalis iudicium particulare subit atque corporis glorificati resurrectionem exspectat. In novissimo die, omnes mortui resurgent propriis corporibus, quae tamen virtute Christi transformabuntur. Iusti corpore et anima in creatione renovata cum Deo vivent. Paradisus igitur non est nubes incorporea, sed plena communio cum Deo, quae in resurrectione carnis et in novo caelo novaque terra perficietur.


Article

Dans l’imaginaire populaire, mourir chrétiennement consisterait à abandonner définitivement son corps pour devenir une âme légère installée sur un nuage.

On flotterait dans un ciel bleu, vêtu de blanc, peut-être muni d’une harpe et de quelques ailes obtenues à l’accueil.

Cette image est paisible. Elle est aussi assez éloignée de la foi chrétienne.

Le Credo ne dit pas seulement : « Je crois à l’immortalité de l’âme. » Il proclame : « Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. »

L’espérance chrétienne ne concerne donc pas une moitié de l’homme sauvée de l’autre moitié. Elle concerne la personne entière, âme et corps.

Le Catéchisme affirme que la profession de foi chrétienne atteint son sommet dans l’annonce de la résurrection des morts au dernier jour.


L’âme survit-elle à la mort ?

Oui.

La mort provoque la séparation de l’âme et du corps. Le corps retourne à la terre et entre dans la corruption, tandis que l’âme immortelle se présente devant Dieu.

Chaque personne reçoit alors ce que l’Église appelle le jugement particulier. Sa vie est mise en relation avec le Christ. Elle entre dans la béatitude du ciel, immédiatement ou après une purification, ou se sépare définitivement de Dieu.

Mais cette situation n’est pas encore l’accomplissement total de l’espérance chrétienne.

L’âme demeure dans l’attente de sa réunion avec le corps glorifié. La mort a séparé ce que Dieu avait créé uni. La résurrection rétablira définitivement l’unité de la personne.

Le christianisme enseigne donc bien l’immortalité de l’âme, mais il ne s’arrête pas là.


Pourquoi l’immortalité de l’âme ne suffit-elle pas ?

Parce que l’être humain n’est pas une âme enfermée provisoirement dans un corps.

Le corps ne constitue pas un emballage que l’on pourrait jeter après usage. Il appartient à notre identité personnelle. C’est par lui que nous entrons en relation, travaillons, aimons, souffrons, prions et recevons les sacrements.

Le christianisme se distingue ici d’une vision purement spiritualiste du salut.

Dieu a créé la chair. Le Fils de Dieu a pris chair. Le Christ a souffert et est ressuscité dans son corps. Le salut ne consiste donc pas à libérer l’âme d’une matière mauvaise, mais à sauver et transfigurer toute la personne.

Le Catéchisme reprend la formule de Tertullien : « La chair est le pivot du salut. » Le corps est lavé dans le baptême, marqué par les sacrements et nourri par l’Eucharistie. Il est promis à la résurrection.


Ressusciterons-nous avec notre propre corps ?

Oui, mais ce corps sera transformé.

Le Christ ressuscité dit à ses disciples : « C’est bien moi. » Il leur montre ses mains et ses pieds. Le corps glorieux est celui qui a été crucifié. Les plaies demeurent visibles, mais la mort n’exerce plus aucun pouvoir sur lui.

De même, l’Église enseigne que chacun ressuscitera avec son propre corps. Il ne s’agira ni d’une enveloppe interchangeable, ni d’une nouvelle personne fabriquée à partir de nos souvenirs.

Notre identité sera conservée.

Cependant, le corps ressuscité ne sera pas simplement notre organisme terrestre réparé et remis en circulation. Il sera transfiguré en corps glorieux, incorruptible et pleinement soumis à l’Esprit.

La résurrection n’est donc ni une réincarnation ni un retour biologique à la vie présente.

Elle est l’entrée de toute la personne dans un mode d’existence nouveau.


Qu’est-ce qu’un « corps spirituel » ?

Saint Paul oppose dans la première lettre aux Corinthiens le corps corruptible au corps incorruptible, le corps faible au corps glorieux et le corps animal au corps spirituel.

L’expression « corps spirituel » ne désigne pas un corps devenu immatériel.

Un corps sans matière ne serait plus un corps. Le mot indique plutôt une réalité corporelle entièrement vivifiée, transformée et gouvernée par l’Esprit Saint.

Le corps actuel est soumis à la fatigue, au vieillissement, à la maladie et à la mort. Le corps ressuscité ne sera plus corruptible. Il ne connaîtra plus la désagrégation qui marque notre condition présente.

Le modèle demeure le Christ ressuscité. Son corps possède une continuité réelle avec celui du tombeau, mais il jouit désormais de propriétés nouvelles et surnaturelles.

Le corps glorieux ne sera pas moins réel que notre corps actuel.

Il sera plus pleinement vivant.


Aurons-nous le même visage et le même âge ?

L’Église ne fournit ni photographie, ni âge réglementaire, ni fiche descriptive du corps ressuscité.

La foi affirme l’identité de la personne et la transformation du corps. Elle ne précise pas si chacun apparaîtra à trente ans, à l’âge de sa mort ou sous une forme correspondant à une perfection impossible à traduire dans nos catégories actuelles.

Les blessures, le handicap, la vieillesse ou la maladie n’auront plus le dernier mot. Mais cela ne signifie pas que l’histoire de la personne sera effacée.

Le Christ ressuscité porte encore les marques de sa Passion. Ses plaies ne sont plus des blessures douloureuses. Elles sont devenues les signes glorieux de son amour.

La résurrection ne supprimera donc pas notre histoire comme si elle n’avait jamais existé.

Elle en révélera l’accomplissement.


Tous les hommes ressusciteront-ils ?

Oui.

La résurrection ne concerne pas seulement les saints. Le Christ annonce que tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix : ceux qui ont fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui ont fait le mal pour le jugement.

La résurrection des morts précède ainsi le jugement dernier. La vérité de chaque vie et de toute l’histoire sera alors pleinement manifestée.

Il faut donc distinguer deux moments :

le jugement particulier, reçu par l’âme immédiatement après la mort ;

le jugement dernier, lié à la résurrection de tous les morts et à l’accomplissement de l’histoire.

La résurrection ne constitue pas une seconde chance après la mort. Elle rend visible et corporelle la destinée définitive de la personne entière.


Pourquoi un jugement dernier après le jugement particulier ?

Parce que le bien et le mal accomplis par une personne ne s’arrêtent pas toujours au moment de sa mort.

Une parole, une œuvre, une injustice ou un acte de charité peuvent produire des conséquences pendant des générations. Le jugement dernier manifestera la place de chaque vie dans l’ensemble de l’histoire.

Il révélera également que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices et que son amour est plus fort que la mort.

Le jugement particulier concerne immédiatement la destinée de l’âme.

Le jugement dernier manifeste publiquement la vérité de toute l’histoire et accompagne la résurrection des corps.

Dieu ne sauve pas seulement des consciences isolées. Il accomplit la création et rétablit toutes choses dans le Christ.


Le ciel est-il un lieu ?

Le mot « ciel » désigne avant tout la communion parfaite avec Dieu.

Ceux qui meurent dans la grâce du Christ vivent avec lui. Ils voient Dieu et connaissent une béatitude qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.

Cette communion est réelle, même avant la résurrection finale.

Mais l’accomplissement chrétien ne se réduit pas à la survie incorporelle de l’âme. Après la résurrection, les justes vivront éternellement avec le Christ, glorifiés dans leur corps et dans leur âme.

Le ciel n’est donc pas un nuage placé quelque part au-dessus de l’atmosphère.

Il est la vie en Dieu, appelée à se déployer pleinement dans une création renouvelée.


Une nouvelle terre, pas l’abandon de toute création

La Bible ne termine pas par la fuite des élus hors du monde matériel.

Elle annonce « un ciel nouveau et une terre nouvelle ».

Après le jugement universel, la création elle-même sera renouvelée. L’humanité et l’univers atteindront leur accomplissement dans le Christ. Le Catéchisme parle d’une transformation mystérieuse du cosmos et d’une restauration parfaite de toutes choses.

Le monde futur ne sera pas simplement la terre actuelle débarrassée de quelques imperfections. Il ne sera pas non plus une création entièrement étrangère sans rapport avec celle que nous connaissons.

Comme le corps ressuscité, la création connaîtra à la fois continuité et transformation.

Benoît XVI décrivait la résurrection du Christ comme le commencement d’une création entièrement nouvelle.

L’espérance chrétienne ne dit donc pas : « La matière finira par disparaître. »

Elle dit : « La création sera délivrée de la corruption. »


Retrouverons-nous ceux que nous avons aimés ?

La foi chrétienne permet de répondre oui, mais avec une nuance.

La résurrection conserve l’identité personnelle. Ceux que nous aimons ne seront pas dissous dans une énergie impersonnelle. Ils demeureront eux-mêmes, connus et aimés par Dieu.

Cependant, les relations ne seront plus marquées par la possession, la jalousie, la peur de perdre ou les limites actuelles. L’amour sera purifié et pleinement ordonné à Dieu.

Nous ne deviendrons pas étrangers les uns aux autres.

Nous nous connaîtrons dans une communion plus profonde, parce que nous verrons chacun dans la lumière de Dieu.

Le paradis chrétien n’est pas la disparition de la personne dans un grand tout.

Il est la communion des personnes réconciliées.


Que deviennent le mariage et la famille ?

Jésus enseigne que, dans la résurrection, on ne prend ni femme ni mari.

Cette parole ne signifie pas que l’amour conjugal ou familial sera oublié. Elle signifie que le mariage, comme institution liée à la condition terrestre, à la génération et au cheminement des époux, aura atteint son but.

Les époux ne cesseront pas de s’aimer.

Mais leur amour sera intégré dans la communion universelle des saints, où Dieu sera tout en tous.

Nos liens terrestres ne seront ni idolâtrés ni supprimés.

Ils seront accomplis.


Pourquoi cette doctrine change-t-elle notre rapport au corps ?

Si le corps est promis à la résurrection, il mérite le respect dès maintenant.

Cette foi éclaire la dignité du malade, du handicapé, de l’enfant à naître, de la personne âgée et du mourant. Aucun corps humain ne peut être réduit à son utilité, à sa beauté ou à son rendement.

Elle explique également le respect chrétien pour les défunts.

L’inhumation manifeste particulièrement l’attente de la résurrection, même si l’Église permet la crémation lorsqu’elle n’exprime pas un refus de la foi chrétienne. Le corps mort n’est pas une coquille devenue insignifiante. Il fut le corps d’une personne baptisée, nourrie de l’Eucharistie et appelée à ressusciter.

Croire à la résurrection de la chair empêche donc aussi bien le culte idolâtre du corps que son mépris.


La résurrection commence-t-elle déjà ?

Oui, d’une certaine manière.

Par le baptême, le chrétien est déjà uni à la mort et à la résurrection du Christ. L’Esprit Saint habite en lui comme le principe de sa vie nouvelle.

Cette vie demeure encore cachée et fragile. Le corps reste soumis à la maladie et à la mort. Mais la résurrection future n’est pas sans rapport avec la grâce reçue aujourd’hui.

Benoît XVI rappelait que la résurrection du Christ ouvre une réalité nouvelle et que l’Esprit donnera aussi la vie à nos corps mortels.

La vie chrétienne prépare donc dès maintenant la résurrection :

par les sacrements ;

par la charité ;

par le pardon ;

par le respect du corps ;

par l’union au Christ.

L’éternité n’est pas simplement ajoutée après notre vie.

Elle commence à germer en elle.


Le paradis n’est pas moins concret que cette vie

Nous imaginons parfois le monde présent comme solide et le Royaume de Dieu comme flou.

La foi chrétienne inverse presque cette impression.

Notre existence actuelle est véritable, mais elle demeure fragile, provisoire et soumise à la corruption. La vie ressuscitée ne sera pas une version pâle de cette existence.

Elle sera son accomplissement.

Le Christ n’est pas ressuscité pour survivre dans le souvenir de ses disciples. Il vit réellement dans une condition nouvelle, corporelle et glorieuse. Sa résurrection constitue le principe et la source de la nôtre.

Le paradis n’est donc pas un nuage.

C’est la création réconciliée, la personne restaurée, le corps glorifié et la communion parfaite avec Dieu.

Nous ne serons pas moins humains.

Pour la première fois, nous le serons pleinement.


Note culturelle

L’image de l’âme ailée quittant le corps est plus proche de certaines représentations philosophiques antiques ou de l’imaginaire artistique que de l’expression complète de la foi chrétienne.

L’art médiéval distinguait souvent l’âme séparée, représentée comme une petite figure humaine accueillie par les anges, et la résurrection finale, où les morts sortent de leurs tombeaux et retrouvent leur corps.

Cette distinction permettait de montrer deux vérités :

l’âme survit immédiatement après la mort ;

l’espérance ultime demeure la résurrection de la personne entière.

Le nuage peut convenir à une peinture de plafond.

Il résume assez mal l’avenir éternel de l’humanité.


Sources

Je crois à la résurrection de la chair, Catéchisme de l’Église catholique

Le jugement particulier, Catéchisme de l’Église catholique

Le jugement dernier, Catéchisme de l’Église catholique

L’espérance des cieux nouveaux et de la terre nouvelle

Benoît XVI, la Résurrection comme commencement d’une création nouvelle


Pour aller plus loin

Ces articles sont déjà présents dans les archives de Defensio Catholicismi.
La Résurrection : vérité historique ou invention ?

Le Purgatoire ou l’épreuve de l’amour

Le Saint Suaire de Turin : entre foi et science, une énigme persistante


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