Sainte Claire d’Assise : la femme qui défendit le droit de ne rien posséder

 

La fondatrice des Clarisses ne fut pas seulement la disciple de saint François : elle gouverna, écrivit une règle et résista aux papes pour conserver la pauvreté évangélique





Summarium latinum

Sancta Clara Assisiensis, nobili familia orta, praedicatione sancti Francisci ad vitam evangelicam mota est. Nocte post Dominicam Palmarum domum paternam reliquit atque apud Portiunculam Deo se consecravit. In monasterio Sancti Damiani sorores congregavit, orationem, fraternitatem, laborem et summam paupertatem colens. Contra possessiones communitati imponendas fortiter restitit atque Privilegium Paupertatis defendit. Prima mulier fuit cuius Regula ab Ecclesia approbata est. Christum pauperem tamquam speculum cotidie contemplata, die undecimo Augusti anno 1253 mortua est.


Article

Le 11 août, l’Église célèbre sainte Claire d’Assise.

Son nom demeure presque toujours associé à celui de saint François. Elle apparaît comme son amie spirituelle, sa disciple et la fondatrice de la branche féminine de la famille franciscaine.

Cette présentation est juste, mais incomplète.

Claire ne fut pas seulement la jeune aristocrate fascinée par le pauvre d’Assise.

Elle dirigea pendant plus de quarante ans une communauté religieuse. Elle conseilla des femmes établies dans plusieurs royaumes européens. Elle négocia avec des cardinaux et des papes. Elle écrivit une règle et défendit avec une ténacité remarquable le droit de vivre sans propriété.

François avait montré qu’un homme pouvait renoncer à la richesse.

Claire dut convaincre l’Église qu’une communauté entière de femmes pouvait également choisir cette insécurité évangélique.


Une jeune femme de la noblesse

Claire naît à Assise vers 1193 ou 1194 dans la famille noble des Offreduccio.

Elle grandit donc dans un milieu très différent de celui de François, fils d’un riche marchand. La famille de Claire appartient à l’aristocratie féodale qui domine traditionnellement la vie politique et économique de la ville.

Les luttes entre les nobles et la nouvelle commune d’Assise obligent temporairement sa famille à se réfugier à Pérouse.

Claire reçoit une éducation religieuse et domestique correspondant à son rang. Sa famille envisage vraisemblablement pour elle un mariage avantageux.

Mais la jeune fille manifeste très tôt une inclination pour la prière, la charité et le service des pauvres.

Lorsqu’elle découvre la prédication de François, celui-ci a déjà rompu avec son ancienne vie et réuni ses premiers compagnons.

Claire reconnaît dans son choix une réponse à l’appel qu’elle porte elle-même intérieurement : suivre le Christ pauvre, sans attendre qu’un mariage, un héritage ou une position sociale définisse son existence.


François et Claire étaient-ils amoureux ?

La relation entre François et Claire inspire régulièrement des romans, des films ou des interprétations sentimentales.

Ils étaient proches. Ils partageaient une profonde confiance spirituelle et une même intuition évangélique. François conseilla Claire et promit que les frères prendraient soin de sa communauté.

Mais les sources anciennes ne présentent pas leur relation comme une histoire d’amour contrariée.

Tous deux avaient consacré leur vie au Christ et choisi la chasteté.

Réduire leur proximité à une attirance romantique revient à supposer qu’une profonde amitié entre un homme et une femme ne pourrait exister sans désir de possession.

Or toute leur spiritualité repose précisément sur le contraire.

François et Claire ne cherchent pas à se posséder.

Ils s’aident mutuellement à appartenir davantage à Dieu.

Leur lien ne devient pas plus pauvre parce qu’il n’est pas conjugal. Il devient une fraternité spirituelle capable de donner naissance à plusieurs familles religieuses.


La fuite du dimanche des Rameaux

En 1211 ou 1212, Claire décide de quitter sa maison.

La tradition situe son départ dans la nuit suivant le dimanche des Rameaux.

Elle rejoint François et ses frères à la Portioncule, la petite chapelle de Notre-Dame-des-Anges. François lui coupe les cheveux, signe de sa consécration, et lui remet un vêtement grossier.

La scène constitue une rupture spectaculaire.

Claire abandonne les vêtements, les bijoux et la coiffure qui manifestaient son rang. Elle renonce également au mariage prévu par sa famille et à la protection sociale attachée à son nom.

Mais la Portioncule n’est pas un monastère féminin.

François la conduit d’abord auprès de religieuses bénédictines, puis dans une autre communauté, avant qu’elle puisse s’établir à Saint-Damien.

La première femme franciscaine ne rejoint donc pas simplement les frères dans leur vie itinérante.

Il faut inventer pour elle et pour celles qui la suivront une forme de vie nouvelle.


Une famille qui tente de la reprendre

La décision de Claire provoque la colère de sa famille.

Ses proches viennent la chercher et tentent de la convaincre de rentrer. Selon les récits franciscains, Claire s’agrippe à l’autel et montre sa tête rasée, signe qu’elle s’est définitivement consacrée à Dieu.

Ce conflit ne doit pas être caricaturé.

Sa famille n’agit pas nécessairement par pure cruauté. Dans la société médiévale, une jeune femme noble quittant seule sa maison compromet son avenir et peut déshonorer tout son lignage.

Mais Claire affirme qu’une femme n’est pas seulement un élément dans une stratégie familiale.

Elle possède une conscience, une vocation et une relation personnelle avec Dieu.

Sa sœur Catherine la rejoint bientôt et reçoit le nom religieux d’Agnès. D’autres femmes suivent. Leur mère Ortolana et leur sœur Béatrice entreront elles aussi dans la communauté.

La fuite individuelle devient progressivement une nouvelle famille.


Saint-Damien

Claire et ses compagnes s’installent finalement à Saint-Damien, la petite église que François avait autrefois restaurée après avoir entendu l’appel du crucifix :

« Répare mon Église. »

François compose pour les sœurs une brève forme de vie. Il promet également que les frères conserveront envers elles une sollicitude particulière.

Claire demeurera à Saint-Damien pendant plus de quarante ans.

Elle ne parcourra pas les routes comme François. Elle ne prêchera pas sur les places publiques et ne partira pas en mission au-delà des mers.

Sa vie sera stable, contemplative et fraternelle.

Cette différence ne signifie pas que sa vocation serait moins franciscaine.

François suit le Christ pauvre en marchant de ville en ville.

Claire suit le même Christ en demeurant dans un monastère.

L’un prêche par le déplacement.

L’autre témoigne par la permanence.


Les Pauvres Dames

Les premières compagnes de Claire sont appelées les Pauvres Dames de Saint-Damien.

Le nom de « Clarisses » ne s’imposera que plus tard.

Leur vie repose sur la prière, le travail manuel, la fraternité, le silence, la pénitence et la pauvreté.

Un témoignage de 1216 décrit des femmes vivant ensemble près des villes, travaillant de leurs mains et refusant les possessions.

Elles ne cherchent pas à reproduire le mode de vie confortable de certains grands monastères féminins.

Les abbayes médiévales peuvent posséder des terres, percevoir des revenus et accueillir des femmes issues de la noblesse en conservant une partie des distinctions sociales.

Claire veut autre chose.

Une femme riche ne doit pas devenir une religieuse riche administrant des propriétés au nom de la communauté.

Elle doit devenir une sœur parmi des sœurs.

La noblesse reçue à la naissance ne donne aucun privilège dans le monastère.


La pauvreté est-elle plus facile derrière une clôture ?

On pourrait penser que la pauvreté franciscaine convient aux frères itinérants mais devient presque impossible pour des femmes vivant en clôture.

Les frères peuvent se déplacer, travailler temporairement, prêcher et mendier.

Les sœurs doivent demeurer dans leur monastère. Elles doivent se nourrir, entretenir les bâtiments et soigner les malades sans bénéficier de la mobilité des frères.

Les autorités ecclésiastiques estiment donc raisonnable de leur donner des terres ou des revenus fixes.

Claire refuse.

Elle ne méprise pas la prudence. Elle comprend les difficultés matérielles. Mais elle redoute que la propriété transforme progressivement la communauté.

Des terres exigent une administration.

L’administration produit des conflits.

Les revenus créent une sécurité.

La sécurité risque de faire oublier la Providence.

Claire ne veut pas seulement que les sœurs possèdent peu individuellement. Elle veut que leur communauté ne devienne pas propriétaire d’un patrimoine important.

Cette position constitue une véritable singularité dans la vie religieuse féminine de son époque.


Le privilège de pauvreté

Claire demande donc à l’Église ce que l’on appellera le Privilège de pauvreté.

L’expression semble paradoxale.

Un privilège accorde généralement une richesse, un titre ou une exemption avantageuse.

Claire demande le privilège de ne rien recevoir.

La première concession est traditionnellement attribuée au pape Innocent III. Le pape Grégoire IX la confirme ensuite.

Grâce à ce privilège, la communauté de Saint-Damien ne peut pas être contrainte d’accepter des propriétés.

Claire doit cependant défendre ce choix à plusieurs reprises.

Les responsables ecclésiastiques ne cherchent pas nécessairement à l’enrichir par goût du luxe. Ils veulent assurer la survie des sœurs.

Claire répond que la sécurité matérielle ne doit pas annuler la forme de vie reçue de François.

Elle ne se révolte pas contre l’Église.

Elle utilise les moyens de l’Église pour protéger son charisme.

Sa résistance n’est ni désobéissante, ni passive.

Elle est canonique, persévérante et remarquablement efficace.


Une femme pouvait-elle gouverner au Moyen Âge ?

L’image d’un Moyen Âge où toutes les femmes auraient été entièrement privées de responsabilité ne permet pas de comprendre Claire.

Elle devient abbesse et gouverne sa communauté pendant plusieurs décennies.

Elle organise la vie quotidienne, reçoit les nouvelles sœurs, veille sur les malades, entretient des relations avec les frères, dialogue avec les autorités ecclésiastiques et maintient l’unité autour du projet initial.

Benoît XVI soulignait que Claire manifeste la place considérable que des femmes courageuses et croyantes purent tenir dans le renouvellement de l’Église médiévale.

Son autorité ne repose pas sur l’ordination sacerdotale.

Elle repose sur sa fonction d’abbesse, sa connaissance du charisme franciscain, la confiance des sœurs et la force de sa sainteté.

Claire n’exerce pas le pouvoir en imitant les seigneurs féodaux.

Elle lave les pieds de ses sœurs, soigne les malades et accomplit les tâches les plus humbles.

Elle ne refuse pas l’autorité.

Elle refuse de confondre l’autorité et la domination.


La première règle écrite par une femme

Claire ne se contente pas de transmettre oralement sa manière de vivre.

Elle rédige une règle.

Il existait déjà des règles monastiques composées par des hommes et appliquées à des communautés féminines. Mais Claire est la première femme connue dans l’histoire de l’Église à rédiger une règle religieuse qui recevra l’approbation pontificale.

Ce texte reprend l’intuition centrale de François :

« Observer le saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ. »

La règle organise la prière, le jeûne, le travail, l’accueil des nouvelles sœurs, le gouvernement de la communauté et la pauvreté.

Elle ne constitue donc pas seulement une déclaration mystique.

Elle montre comment une intuition spirituelle devient une institution capable de durer.

Le pape Innocent IV approuve la règle le 9 août 1253.

Claire est alors gravement malade.

Elle reçoit la bulle pontificale peu avant de mourir, le 11 août.

Après quarante années de résistance, elle obtient enfin la garantie que le projet ne sera pas entièrement transformé après sa disparition.


Claire n’était pas la copie féminine de François

Claire partage le charisme de François, mais elle ne se contente pas de reproduire ses gestes.

Elle adapte la pauvreté évangélique à une communauté de femmes contemplatives.

Elle développe également une spiritualité propre, visible dans ses lettres.

François utilise volontiers les images du frère, du pauvre, du pèlerin et du chevalier converti.

Claire insiste davantage sur le miroir, la contemplation, la beauté du Christ et la transformation intérieure de celui qui le regarde.

Elle n’est donc pas un simple reflet de François.

Elle offre une autre manière de vivre la même lumière.

Sans elle, le franciscanisme aurait pu demeurer une aventure principalement masculine et itinérante.

Grâce à elle, il devient aussi une école de contemplation stable, de maternité spirituelle et de gouvernement féminin.


Agnès de Prague

Parmi les correspondantes de Claire se trouve Agnès de Prague, fille du roi de Bohême.

Plusieurs projets de mariage prestigieux lui sont proposés. Elle choisit finalement la vie religieuse et fonde un monastère inspiré par Saint-Damien.

Claire lui adresse quatre lettres.

Ces textes comptent parmi les plus beaux documents de la spiritualité médiévale féminine.

Claire ne traite pas Agnès comme une administratrice lointaine.

Elle l’appelle sœur, épouse du Christ et reine.

Elle l’encourage à ne pas abandonner la pauvreté malgré les pressions politiques et ecclésiastiques.

Les deux femmes ne se rencontrèrent probablement jamais.

Pourtant, elles construisent une véritable amitié spirituelle à travers l’Europe.

Une femme enfermée à Saint-Damien peut ainsi conseiller une princesse de Bohême et influencer la forme de vie d’une communauté située à plus de mille kilomètres.

La clôture n’empêche pas Claire d’avoir une vision internationale de sa vocation.


Le Christ comme miroir

Dans sa quatrième lettre à Agnès, Claire compare le Christ à un miroir.

Elle invite son amie à le contempler chaque jour.

Ce miroir ne sert pas à admirer sa propre apparence.

Il révèle ce que l’être humain est appelé à devenir.

Claire distingue dans le Christ la pauvreté, l’humilité et la charité.

Le contempler signifie regarder sa naissance pauvre, sa vie donnée, sa Passion et sa gloire.

À force de regarder le Christ, l’âme doit progressivement lui ressembler.

La contemplation n’est donc pas une fuite hors du monde.

Elle est une transformation du regard et de la conduite.

Nous finissons souvent par ressembler à ce que nous contemplons continuellement.

Celui qui contemple uniquement la richesse finit par mesurer toute chose en fonction de son prix.

Celui qui contemple le pouvoir finit par regarder les autres comme des instruments ou des obstacles.

Celui qui contemple le Christ pauvre apprend à reconnaître la valeur de ce qui ne peut être acheté.


Claire et l’Eucharistie

Claire est généralement représentée tenant un ostensoir.

Cette iconographie renvoie à un épisode survenu lorsque des soldats menaçaient Saint-Damien et la ville d’Assise.

Gravement malade, Claire aurait demandé que l’on apporte le récipient contenant l’Eucharistie. Elle prie le Christ de protéger les sœurs qui ont tout abandonné par amour pour lui.

Les assaillants se retirent.

Les récits anciens et la tradition franciscaine ont transmis cet événement comme un signe de la foi eucharistique de Claire.

Il faut toutefois préciser que les représentations artistiques montrent souvent un grand ostensoir semblable à ceux des siècles suivants.

Claire aurait plus vraisemblablement tenu ou fait apporter une pyxide ou un ciboire, puisque l’ostensoir gothique de procession n’avait pas encore sa forme classique.

L’iconographie exprime donc une vérité spirituelle à travers un objet liturgique devenu familier aux générations ultérieures.

Claire ne combat pas avec une arme.

Elle place sa communauté sous la protection du Christ présent dans l’Eucharistie.


Patronne de la télévision

Sainte Claire est officiellement la patronne céleste de la télévision.

Ce patronage peut paraître étrange pour une religieuse du XIIIe siècle ayant vécu dans un monastère sans même connaître l’imprimerie.

Il vient d’un récit concernant une nuit de Noël.

Claire, trop malade pour rejoindre les sœurs à l’office, aurait entendu les chants et vu la célébration se dérouler à distance, comme si elle était présente dans l’église.

Pie XII y vit une image spirituelle de la télévision, capable de transmettre à domicile des images et des sons provenant d’un lieu éloigné.

Il proclama donc Claire patronne de la télévision par un bref pontifical publié en 1958.

Le choix contient également un avertissement.

La télévision peut transmettre la vérité, la beauté et la prière.

Elle peut aussi introduire dans les maisons la violence, le mensonge et l’abrutissement.

Placer la télévision sous le patronage de Claire revient à demander que l’écran devienne une fenêtre ouverte sur la lumière plutôt qu’une machine destinée à occuper continuellement l’esprit.


Une sainte pour les écrans modernes

La télévision n’est plus l’écran dominant qu’elle était au temps de Pie XII.

Les téléphones, les réseaux sociaux et les plateformes numériques accompagnent désormais les personnes presque partout.

Le patronage de Claire pourrait donc être étendu spirituellement à notre rapport général aux images.

Claire invite à poser une question simple :

Ce que je regarde quotidiennement me transforme-t-il en une personne plus libre ?

Son image du miroir prend ici une actualité particulière.

Les écrans sont devenus des miroirs qui nous montrent le monde, mais aussi des miroirs dans lesquels nous cherchons constamment notre propre reflet.

Nous comptons les réactions, les vues et les signes d’approbation.

Claire propose un autre miroir : le Christ.

L’enjeu n’est pas de supprimer toute image, mais de choisir ce qui mérite durablement notre attention.


La maladie

Claire passe une grande partie des dernières décennies de sa vie dans la maladie.

Cette faiblesse ne l’empêche pas de gouverner, de conseiller et de prier.

Elle ne transforme pas non plus la maladie en spectacle spirituel.

Elle demeure au milieu de ses sœurs, dépendante de leurs soins, tout en continuant à les soutenir.

L’expérience de la dépendance approfondit probablement sa compréhension de la pauvreté.

Il existe une pauvreté volontaire, celle de la personne qui renonce à ses biens.

Il existe aussi une pauvreté subie, celle de la personne qui ne peut plus marcher seule, travailler ou accomplir les tâches les plus simples.

La vieillesse et la maladie imposent parfois ce que l’ascèse avait librement recherché : reconnaître que l’on ne se suffit pas à soi-même.

Claire, qui avait voulu dépendre de la Providence, doit aussi accepter de dépendre de ses sœurs.


Ses dernières paroles

Claire meurt le 11 août 1253 à Saint-Damien.

Selon la tradition, elle tient auprès d’elle la bulle approuvant enfin sa règle.

Peu avant sa mort, elle bénit Dieu pour l’avoir créée.

Cette parole résume son rapport à l’existence.

Claire ne considère pas la création comme une erreur dont il faudrait s’échapper.

Elle ne méprise pas son corps, sa personnalité ou son histoire.

Elle remercie Dieu de l’avoir voulue.

La pauvreté chrétienne ne signifie donc pas que la personne ne vaudrait rien.

Elle signifie que sa valeur ne dépend pas de ce qu’elle possède.

Claire peut mourir sans fortune personnelle, sans descendance biologique et presque sans quitter son monastère.

Elle sait pourtant que son existence a été un don.

Deux ans après sa mort, en 1255, le pape Alexandre IV la canonise.


La lumière cachée

Le nom italien de Claire, Chiara, évoque la clarté.

La bulle de canonisation développe largement cette image de lumière.

Claire a vécu cachée dans un petit monastère. Elle n’a pas parlé devant les foules, gouverné un royaume ou dirigé une grande administration ecclésiastique.

Pourtant, son influence s’est répandue bien au-delà de Saint-Damien.

Des milliers de femmes ont choisi de vivre selon son inspiration.

Ses lettres continuent d’être lues.

Sa règle demeure un texte fondamental de la famille franciscaine.

Sa vie montre qu’une existence cachée n’est pas nécessairement une existence inutile.

Notre époque associe volontiers l’importance à la visibilité.

Celui qui n’est pas vu risque de croire qu’il n’existe pas.

Claire rappelle qu’une petite lampe peut éclairer longtemps sans devenir un projecteur.


La pauvreté libère-t-elle vraiment ?

Le choix de Claire peut sembler incompréhensible dans une société où la liberté est souvent définie par la capacité d’acheter.

Posséder de l’argent permet effectivement d’échapper à certaines dépendances et d’assurer sa sécurité.

Claire ne l’ignorait pas.

Mais elle voyait aussi que la possession crée ses propres servitudes.

Celui qui possède une terre doit la défendre.

Celui qui reçoit un revenu peut craindre de le perdre.

Celui qui construit son identité sur son rang doit continuellement préserver son image.

Claire ne prétend pas que tout chrétien doit renoncer juridiquement à toute propriété.

Elle montre cependant que l’accumulation n’est pas l’unique forme de prudence.

On peut sécuriser si fortement son existence que plus aucun appel imprévu de Dieu ne puisse y entrer.

La pauvreté franciscaine ne consiste pas à aimer le manque.

Elle consiste à ne pas permettre aux biens de devenir les propriétaires secrets de notre volonté.


Une réformatrice sans rupture

Claire vécut à une époque où de nombreux mouvements recherchaient une pauvreté évangélique radicale.

Certains finirent par se séparer de l’Église ou par rejeter son autorité.

Claire choisit une autre voie.

Elle défend fermement son intuition, mais demande l’approbation pontificale.

Elle résiste aux projets qui modifieraient sa communauté, mais demeure dans la communion ecclésiale.

Elle ne choisit donc ni la soumission molle, ni la rupture orgueilleuse.

Elle pratique une fidélité adulte.

Aimer l’Église ne signifie pas approuver passivement toute décision.

Réformer l’Église ne signifie pas se placer automatiquement en dehors d’elle.

Claire montre que l’on peut discuter avec les autorités, défendre un charisme et persévérer pendant des décennies sans transformer le conflit en schisme.


Une femme pour notre temps

Claire peut parler à ceux qui vivent dans une société saturée de consommation.

Elle rappelle que tout ce qui est disponible ne mérite pas d’être désiré.

Elle peut parler aux femmes qui craignent de devoir choisir entre l’effacement et l’imitation des modèles masculins du pouvoir.

Claire gouverne comme une femme de son époque, avec fermeté, intelligence et soin maternel, sans chercher à devenir une copie de François.

Elle peut parler aux personnes enfermées par la maladie ou les responsabilités.

Son influence montre que l’on peut toucher le monde sans parcourir continuellement le monde.

Elle peut enfin parler à l’Église.

Les institutions ont besoin de sécurité, de règles et de ressources.

Mais elles doivent régulièrement se demander si leurs moyens protègent encore leur mission ou s’ils sont devenus leur véritable raison d’exister.

Claire demanda le droit de demeurer pauvre.

La question reste dérangeante parce que les institutions demandent généralement le droit de devenir plus riches.


Note culturelle

Sainte Claire est traditionnellement représentée vêtue d’un habit brun, gris ou noir, avec une corde à la taille et un voile.

Elle tient souvent un ostensoir ou un ciboire, en souvenir de la protection de Saint-Damien.

Ses autres attributs sont le lys, signe de consécration, la lampe, qui rappelle son nom et sa lumière spirituelle, ainsi qu’un livre représentant sa règle.

Elle peut également apparaître aux côtés de saint François, de sainte Agnès d’Assise ou des premières Pauvres Dames.

Dans les représentations médiévales, son visage est généralement sérieux et paisible.

Les artistes ne cherchent pas à montrer une jeune héroïne romantique.

Ils représentent une abbesse.

Sa douceur n’efface pas son autorité.


Sources

Benoît XVI, audience générale consacrée à sainte Claire d’Assise

Sainte Claire d’Assise, vierge et fondatrice des Clarisses

Pie XII, sainte Claire proclamée patronne céleste de la télévision

Saint Clare of Assisi: First Woman to Join Saint Francis

St. Clare, The Light of Assisi


Pour aller plus loin

Saint François et le Pardon d’Assise : « Je veux vous envoyer tous au paradis »

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