đź—ˇ️ 15 septembre : Notre-Dame des Sept Douleurs, pourquoi le cĹ“ur de Marie est-il transpercĂ© ?
Au lendemain de la Croix glorieuse, l’Église contemple la Mère restĂ©e debout au Calvaire
Summarium latinum
Die XV Septembris Ecclesia Beatam Mariam Virginem Perdolentem commemorat. Post Exaltationem Sanctae Crucis, Mater iuxta Crucem Filii contemplatur, secundum prophetiam Simeonis: « Et tuam ipsius animam pertransibit gladius ». Septem dolores Mariae totam eius vitam maternam cum mysterio Passionis Christi coniungunt. Maria non est altera redemptrix neque sacrificium a Christo distinctum offert, sed fide, caritate atque compassione sacrificio unico Filii perfecte sociatur. Sub Cruce etiam maternitas eius novam amplitudinem accipit: « Mulier, ecce filius tuus ». Mater Dolorosa fit Mater discipulorum Christi et figura Ecclesiae, quae per Crucem ad Resurrectionem progreditur.
✝️ Le 14 septembre, le Fils ; le 15 septembre, la Mère
Il est difficile de comprendre pleinement la fête du 15 septembre sans celle du jour précédent.
Le 14 septembre, l'Église célèbre l'Exaltation de la Sainte Croix.
Le lendemain, elle demeure spirituellement au Calvaire et porte son regard sur celle qui se tient auprès du Crucifié :
Marie.
Cette succession liturgique n'est pas accidentelle.
Paul VI présentait précisément la mémoire de Notre-Dame des Douleurs comme l'occasion de revivre un moment décisif de l'histoire du salut en contemplant, auprès du Fils élevé sur la Croix, sa Mère souffrante.
Benoît XVI le formula admirablement à Lourdes le 15 septembre 2008 :
« Hier, nous avons cĂ©lĂ©brĂ© la Croix du Christ. »
Aujourd'hui, poursuivait-il, nous contemplons Marie partageant la compassion de son Fils.
Les deux fĂŞtes constituent presque un diptyque.
La Croix glorieuse et la Mère douloureuse.
đź—ˇ️ Pourquoi sept glaives ?
L'une des représentations les plus impressionnantes de la Vierge montre son cœur traversé par sept glaives.
Cette iconographie vient d'abord de l'Évangile.
Lorsque Marie et Joseph présentent l'enfant Jésus au Temple, le vieillard Syméon annonce à Marie :
« Et toi, ton âme sera traversĂ©e d'un glaive. »
(Lc 2,35)
Mais la piété chrétienne a progressivement distingué sept grandes douleurs dans la vie de la Vierge.
Le nombre sept possède évidemment une valeur symbolique biblique : il évoque la plénitude.
Les sept glaives représentent donc à la fois sept événements particuliers et, plus profondément, la totalité de la participation maternelle de Marie aux épreuves du Christ.
Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie reconnaît explicitement cette tradition des Sept Douleurs et rappelle que la vie de Marie se déroule, dès l'enfance du Christ, sous le signe du glaive annoncé par Syméon.
1️⃣ La prophĂ©tie de SymĂ©on
La première douleur apparaît alors que Jésus n'est encore qu'un enfant.
Marie vient présenter son fils au Temple.
Mais au milieu de la joie surgit une prophétie inquiétante.
Cet enfant sera :
« un signe de contradiction ».
Et l'âme de sa mère sera traversée par un glaive.
Marie comprend progressivement que sa maternité ne sera pas seulement celle de Bethléem.
Elle conduira jusqu'au Calvaire.
2️⃣ La fuite en Égypte
La deuxième douleur est celle de l'exil.
Hérode cherche l'enfant pour le faire mourir.
Joseph prend Marie et Jésus et part pour l'Égypte.
La Sainte Famille connaît donc très tôt la précarité, le déracinement et la menace.
Le Messie commence sa vie terrestre comme un enfant menacé.
Et Marie doit protéger celui qu'elle sait pourtant être le Sauveur.
3️⃣ JĂ©sus perdu pendant trois jours
À douze ans, Jésus demeure au Temple sans que Marie et Joseph le sachent.
Ils le cherchent pendant trois jours.
Lorsque Marie lui fait part de leur angoisse, Jésus répond :
« Ne saviez-vous pas qu'il me faut ĂŞtre chez mon Père ? »
Une nouvelle séparation se dessine.
Jésus appartient véritablement à Marie.
Mais il appartient d'abord au Père.
La maternité de Marie consiste donc progressivement à donner celui qu'elle a reçu.
4️⃣ Marie rencontre JĂ©sus portant sa Croix
La quatrième douleur appartient à la tradition du chemin de Croix.
Marie rencontre son Fils sur le chemin du Calvaire.
Les Évangiles ne racontent pas explicitement cette rencontre sous cette forme, mais la tradition chrétienne contemple ici la proximité de la Mère avec la Passion de son Fils.
Celui qu'elle portait autrefois dans ses bras porte maintenant le bois de son supplice.
La joie de Bethléem semble retournée.
Mais elle n'est pas annulée.
Elle est mystérieusement conduite vers son accomplissement pascal.
5️⃣ Marie au pied de la Croix
Nous arrivons au centre.
Saint Jean écrit :
« Près de la croix de JĂ©sus se tenait sa mère. »
(Jn 19,25)
Quelques mots seulement.
Mais ils ont nourri des siècles de théologie, de prédication, de poésie et d'art chrétien.
Marie ne peut empĂŞcher la Crucifixion.
Elle ne peut descendre Jésus de la Croix.
Elle ne peut prendre sa place.
Elle peut cependant accomplir quelque chose d'immense :
elle demeure.
C'est ici que la théologie de la compassio Mariae prend tout son sens.
❤️ « Compassion » ne signifie pas seulement avoir pitiĂ©
Le mot est devenu faible dans notre français courant.
Dans son sens chrétien ancien, compatir signifie souffrir avec.
Saint Bernard expliquait que Marie était entrée dans la Passion de son Fils par sa compassion.
Benoît XVI reprit précisément cette formule lors de la fête de Notre-Dame des Douleurs à Lourdes.
Mais il faut ici être théologiquement précis.
Marie n'est pas crucifiée à la place du Christ.
Elle n'accomplit pas un second sacrifice rédempteur parallèle au sien.
Le sacrifice rédempteur du Christ est unique.
Marie y est associée d'une manière absolument singulière par sa maternité, sa foi, son amour et son consentement.
Elle avait répondu à l'ange :
« Qu'il me soit fait selon ta parole. »
Le fiat de Nazareth trouve au Calvaire son épreuve la plus radicale.
Elle avait accepté de recevoir le Fils.
Elle accepte maintenant de ne pas retenir le Fils.
6️⃣ JĂ©sus descendu de la Croix
La sixième douleur est celle qui donnera à l'art chrétien l'une de ses images les plus bouleversantes :
la PietĂ .
Marie reçoit le corps mort de Jésus.
Le contraste est vertigineux.
À Bethléem, elle tenait dans ses bras le corps nouveau-né du Christ.
Au Calvaire, elle reçoit ce même corps après la Crucifixion.
François soulignait précisément ce rapprochement en évoquant les Sept Douleurs : Marie reprend dans ses bras son Fils mort, comme elle l'avait porté plus de trente ans auparavant à Bethléem.
Toute une vie maternelle tient entre ces deux images.
La crèche et la Pietà .
7️⃣ JĂ©sus est dĂ©posĂ© au tombeau
La dernière douleur est peut-être la plus silencieuse.
Le tombeau se referme.
Il ne reste apparemment plus rien Ă faire.
Marie doit désormais attendre.
Et c'est précisément ici que la Mater Dolorosa devient aussi une extraordinaire figure de la foi.
Car le christianisme ne s'arrĂŞte jamais au tombeau.
La septième douleur conduit mystérieusement vers le matin de Pâques.
🎼 « Stabat Mater dolorosa »
La spiritualité occidentale a exprimé cette contemplation dans l'un de ses textes les plus célèbres :
Stabat Mater dolorosa
iuxta Crucem lacrimosa
dum pendebat Filius.
La Mère douloureuse se tenait debout auprès de la Croix, en larmes, tandis que son Fils y était suspendu.
Le premier mot mérite presque à lui seul une méditation :
Stabat.
Elle se tenait debout.
Marie souffre, mais elle ne disparaît pas.
Elle demeure auprès du Christ.
La douleur chrétienne n'est donc pas présentée ici comme une fascination pour la souffrance.
Elle devient fidélité dans l'épreuve.
👩👦 « Voici ton fils »
Et quelque chose d'extraordinaire se produit précisément au moment où Marie semble perdre son Fils.
Jésus voit sa mère et le disciple qu'il aimait.
Il dit Ă Marie :
« Femme, voici ton fils. »
Puis au disciple :
« Voici ta mère. »
(Jn 19,26-27)
La tradition catholique a vu dans cette scène bien davantage qu'un simple arrangement familial destiné à prendre soin de Marie après la mort de Jésus.
La maternité de Marie acquiert ici une dimension ecclésiale.
Le disciple bien-aimé représente aussi le disciple du Christ.
Benoît XVI expliquait ainsi que Jésus confie à sa mère une nouvelle mission spirituelle : devenir mère du Christ dans ses membres.
Au moment où Marie perd son Fils selon la chair, une maternité nouvelle lui est confiée.
⛪ Marie, figure de l'Église
C'est ici que la fête devient profondément ecclésiologique.
Marie au pied de la Croix représente également l'Église qui demeure auprès du Christ.
L'Église ne naît pas d'un succès humain.
Elle naît du mystère pascal.
Vatican II présente précisément Marie comme modèle et figure de l'Église dans l'ordre de la foi, de la charité et de l'union parfaite au Christ.
Marie traverse ainsi avant nous le chemin chrétien :
promesse, foi, épreuve, Croix, attente, Résurrection.
Elle n'est donc pas seulement celle que les chrétiens contemplent.
Elle représente aussi ce que l'Église est appelée à devenir.
🌅 Les Sept Douleurs ne se terminent pas dans la douleur
Il serait finalement très trompeur de réduire Notre-Dame des Douleurs à une spiritualité sombre.
Benoît XVI insistait justement sur ce point à Lourdes.
Marie est désormais dans la joie et la gloire de la Résurrection. Les larmes du Calvaire ne constituent donc pas le dernier mot de son histoire.
Voilà pourquoi la fête du 15 septembre ne peut être séparée de celle du 14.
Le 14 septembre : la Croix est déjà contemplée dans la lumière de la Résurrection.
Le 15 septembre : les douleurs de Marie sont elles aussi contemplées depuis Pâques.
La foi chrétienne ne nie pas les larmes.
Elle refuse simplement de leur donner le dernier mot.
đź—ˇ️ Pourquoi prier les Sept Douleurs aujourd'hui ?
La dévotion aux Sept Douleurs peut sembler appartenir à une sensibilité ancienne.
Elle touche pourtant quelque chose de profondément contemporain.
Elle apprend à ne pas confondre foi et absence d'épreuve.
Marie connaît l'incompréhension.
Elle connaît l'inquiétude.
Elle connaît la séparation.
Elle connaît l'impuissance devant la souffrance de celui qu'elle aime.
Elle connaît le deuil.
Et pourtant elle demeure dans la foi.
Notre-Dame des Douleurs n'est donc pas la glorification d'une femme qui souffre.
Elle est la contemplation d'une foi qui demeure quand tout semble contredire la promesse reçue.
C'est probablement là que se trouve la théologie la plus profonde des sept glaives.
Ils traversent le cœur de Marie.
Ils ne détruisent pas son fiat.
🔎 Pour aller plus loin
La fête de Notre-Dame des Douleurs peut être prolongée par plusieurs thèmes déjà parcourus sur nos blogs : la Croix visible dans nos paysages, le martyre, la fidélité et les figures chrétiennes confrontées à l'épreuve.
• SOS Calvaires : restaurer les croix, rĂ©veiller la mĂ©moire spirituelle de la France
• Saint PĂ©lage de Constance, le martyr au prĂ©nom que l’hĂ©rĂ©sie a presque confisquĂ©
• Restitude, la patricienne au nom de roc
📚 Sources
• Évangile selon saint Luc, Lc 2,22-35 et 2,41-52 : prophĂ©tie de SymĂ©on et JĂ©sus retrouvĂ© au Temple.
• Évangile selon saint Matthieu, Mt 2,13-15 : fuite de la Sainte Famille en Égypte.
• Évangile selon saint Jean, Jn 19,25-27 : Marie au pied de la Croix et « Voici ton fils ».
• Paul VI, Marialis Cultus, 2 fĂ©vrier 1974
• BenoĂ®t XVI, homĂ©lie pour Notre-Dame des Douleurs, Lourdes, 15 septembre 2008
• Dicastère pour le Culte divin, Directoire sur la piĂ©tĂ© populaire et la liturgie
• Concile Vatican II, Lumen gentium, chap. VIII, spĂ©cialement nos 58 et 61-65.
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