🇰🇷 20 septembre : l’Église de Corée est-elle née sans prêtres ?

 

Quand des laïcs découvrirent le catholicisme dans des livres, fondèrent une communauté chrétienne et attendirent les prêtres capables de leur donner les sacrements


Saints du jour : saint André Kim Tae-gŏn, prêtre, saint Paul Chŏng Ha-sang et leurs compagnons, martyrs de Corée



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🇻🇦 Résumé en latin ecclésiastique

Ecclesia Catholica in Corea singulari modo orta est. Antequam missionarii ibi stabiliter adessent, laici Coreani libros christianos e Sinis allatos legerunt, fidem catholicam receperunt atque Evangelium inter suos diffuderunt. Cum vero sacerdotibus carerent, nonnulli fideles, disciplina ecclesiastica nondum satis cognita, munera sacerdotalia exercere conati sunt. Errore cognito, legitimos presbyteros sibi mitti instanter petierunt. Sanctus Andreas Kim Tae-gŏn, primus sacerdos Coreanus, sanctus Paulus Chŏng Ha-sang, apostolus laicus, atque eorum socii martyres testantur laicos et ministros ordinatos non inter se opponi, sed diversis muneribus unam missionem Ecclesiae exercere.

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Une Église qui commence par des livres

L’histoire de l’Église catholique en Corée possède quelque chose de presque déroutant. Dans beaucoup de pays, le christianisme arrive avec des missionnaires. Des prêtres prêchent, baptisent, construisent une chapelle, forment des catéchistes, puis une communauté locale se développe.

En Corée, l’ordre fut presque inversé.

À la fin du XVIIIe siècle, des lettrés coréens commencèrent à lire des ouvrages chrétiens venus de Chine. Le christianisme pénétra ainsi dans le royaume non d’abord par la présence physique de missionnaires étrangers, mais par des textes qui circulaient parmi des hommes cultivés.

Saint Jean-Paul II lui-même souligna cette singularité lors de la canonisation des martyrs coréens en 1984 : la vérité chrétienne atteignit la Corée « par des livres apportés de Chine ». Il qualifia ensuite la première communauté chrétienne du pays d’unique dans l’histoire de l’Église parce qu’elle avait été fondée entièrement par des laïcs.

En 1784, l’un de ces lettrés, Yi Seung-hun, se rendit à Pékin. Il y reçut le baptême et prit le prénom chrétien de Pierre. Lorsqu’il revint en Corée, il rapporta avec lui une foi qu’il ne considérait plus simplement comme une curiosité intellectuelle occidentale.

Autour de lui se forma une communauté.

Il y avait des chrétiens.

Mais il n’y avait toujours pas de prêtre.

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Peut-on vraiment avoir une Église sans prêtres ?

Les premiers catholiques coréens se réunirent, prièrent, étudièrent la doctrine chrétienne et transmirent la foi.

Leur exemple rappelle une vérité parfois oubliée : le laïc n’est pas simplement le bénéficiaire de l’évangélisation. Par son baptême, il est lui-même appelé à témoigner de l’Évangile.

Jean-Paul II parlera d’ailleurs, deux siècles plus tard, de l’extraordinaire initiative apostolique du laïcat coréen. Dès les années 1780, des hommes et des femmes enseignaient la foi, organisaient des groupes de croyants et assuraient la transmission du christianisme.

Mais une difficulté apparut rapidement.

Comment vivre pleinement la vie catholique sans Eucharistie, sans confession et sans prêtres ?

Et c’est là que cette histoire devient encore plus étonnante.

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Quand des laïcs essayèrent de se donner des prêtres

Vers 1786, les dirigeants de la jeune communauté coréenne mirent en place ce que les historiens appellent aujourd’hui le « système du pseudo-clergé ».

Les fidèles avaient compris que les sacrements nécessitaient des ministres. Mais, faute de formation théologique suffisante et sans autorité ecclésiastique présente dans le pays, ils imaginèrent qu’ils pouvaient désigner eux-mêmes certains membres de leur communauté comme prêtres.

Yi Seung-hun et plusieurs autres responsables commencèrent ainsi à exercer des fonctions qu’ils pensaient sacerdotales. Certains tentèrent de célébrer la messe ou d’administrer des sacrements.

L’Académie des études coréennes situe cette organisation à l’automne 1786 et souligne qu’elle naquit précisément du constat que la jeune communauté ne pouvait durablement se passer de ministres sacramentels.

L’intention était donc presque paradoxale.

Ces laïcs n’essayaient pas de supprimer le sacerdoce.

Ils avaient tellement conscience de sa nécessité qu’ils avaient tenté, par ignorance, de le reconstituer eux-mêmes.

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« Vous ne pouvez pas vous ordonner vous-mêmes »

Avec le temps, certains commencèrent à soupçonner que cette organisation ne correspondait pas à la discipline de l’Église.

On consulta alors l’évêque de Pékin.

La réponse mit fin à l’expérience : une communauté chrétienne ne peut pas simplement choisir parmi ses membres quelqu’un qui deviendrait prêtre par décision collective.

Le pseudo-clergé fut abandonné.

Les catholiques coréens ne tirèrent pourtant pas de cette correction la conclusion qu’ils pouvaient fort bien vivre sans sacerdoce.

Ils firent exactement l’inverse.

Ils commencèrent à organiser des démarches vers Pékin afin d’obtenir de véritables prêtres. Les sources catholiques coréennes décrivent ainsi toute une entreprise destinée à faire venir clandestinement un clergé légitimement ordonné.

L’erreur des débuts avait donc conduit à une meilleure compréhension de l’Église.

Le baptême donne au laïc une véritable responsabilité missionnaire.

Mais le baptême ne confère pas le sacerdoce ministériel.

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1794 : enfin un prêtre

Après plusieurs démarches, le prêtre chinois Jacques Zhou Wenmo réussit à entrer clandestinement en Corée à la fin de 1794.

Il découvrit une situation extraordinaire.

Une Église existait déjà.

Vatican News rapporte qu’à son arrivée, la communauté comptait environ 4 000 croyants, alors même qu’elle avait grandi sans présence sacerdotale permanente.

Désormais, les catholiques pouvaient enfin recevoir normalement les sacrements pour lesquels ils avaient attendu pendant des années.

Mais leur situation demeurait précaire.

Jean-Paul II rappellera qu’au cours du premier demi-siècle de son existence, l’Église de Corée ne bénéficia que temporairement de la présence de deux prêtres chinois. Malgré cela, les communautés continuèrent à prier, à transmettre la foi et à susciter des vocations.

Ce n’était donc pas une Église ayant décidé de se passer de prêtres.

C’était une Église qui souffrait de leur absence.

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Paul Chŏng Ha-sang : l’apôtre qui resta laïc

L’un des saints célébrés le 20 septembre illustre admirablement cette première vocation de l’Église coréenne.

Paul Chŏng Ha-sang n’était pas prêtre.

Il fut pourtant l’une des grandes figures de la communauté catholique clandestine.

Fils d’une famille marquée par les persécutions, il contribua à maintenir les liens entre les communautés chrétiennes et travailla à obtenir l’arrivée de missionnaires. Il accomplit plusieurs voyages vers la Chine et joua un rôle important dans les démarches qui devaient permettre à l’Église coréenne de recevoir une organisation ecclésiastique plus stable.

Jean-Paul II le proposera explicitement comme exemple de l’apostolat des laïcs coréens.

Paul ne célébra jamais la messe.

Il ne donna jamais l’absolution.

Il n’ordonna personne.

Et pourtant, il contribua puissamment à la survie et à l’expansion de l’Église.

Il fut martyrisé en 1839.

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André Kim : quand cette Église donne enfin son propre prêtre

Quelques années plus tard apparaît l’autre grande figure de la fête du 20 septembre : saint André Kim Tae-gŏn.

Né en 1821 dans une famille chrétienne, il grandit au sein de cette Église forgée par les laïcs et les persécutions.

Il fut envoyé hors de Corée afin de recevoir la formation sacerdotale qu’il était impossible d’obtenir normalement dans son pays.

Le 17 août 1845, André Kim fut ordonné prêtre.

Il devint le premier prêtre coréen.

L’événement avait une portée immense.

Pendant des décennies, les laïcs coréens avaient demandé des prêtres.

À présent, leur propre Église donnait naissance à son premier prêtre autochtone.

Jean-Paul II rappelait en 1984 que les communautés laïques coréennes avaient elles-mêmes travaillé dès les années 1820 à favoriser les vocations sacerdotales.

André Kim revint donc non comme le représentant d’une institution étrangère imposée au pays, mais comme le fruit d’une Église coréenne qui désirait depuis longtemps disposer de son propre clergé.

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Un ministère qui ne durera qu’un an

Le ministère d’André Kim fut extrêmement bref.

Le jeune prêtre devait notamment faciliter l’entrée clandestine des missionnaires dans un royaume où le catholicisme restait interdit.

Il fut arrêté en 1846.

Après interrogatoires et emprisonnement, il fut exécuté le 16 septembre 1846, à seulement vingt-cinq ans.

Son sacerdoce avait duré à peine plus d’un an.

Mais l’histoire avait changé.

Cette Église née presque sans prêtres possédait désormais son premier martyr sacerdotal coréen.

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Une Église de martyrs, très largement laïque

Le 6 mai 1984, saint Jean-Paul II canonisa à Séoul 103 martyrs de Corée.

Parmi eux, 92 étaient des laïcs. Jean-Paul II rappela lui-même ce chiffre en 2001 lorsqu’il voulut souligner le rôle historique du laïcat dans l’évangélisation de la Corée.

La statistique résume presque toute cette histoire.

L’Église coréenne n’est pas née parce que des prêtres auraient tout fait tandis que les fidèles recevaient passivement la foi.

Elle est née parce que des laïcs ont lu, cru, enseigné, catéchisé, organisé des communautés, transmis la foi à leurs enfants, demandé des prêtres et parfois donné leur vie.

Mais elle ne s’est pas non plus construite contre le sacerdoce.

Ces mêmes laïcs ont risqué leur vie pour faire venir des prêtres.

Puis ils ont envoyé leurs propres fils se former afin qu’ils deviennent prêtres.

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Ni « Église des prêtres », ni « Église des laïcs »

C’est sans doute la grande leçon théologique de cette aventure.

On oppose parfois deux modèles caricaturaux.

D’un côté, une Église où tout viendrait du prêtre et où les laïcs seraient réduits au rôle de spectateurs.

De l’autre, une Église où le développement du rôle des laïcs finirait presque par rendre secondaire le ministère ordonné.

La Corée historique ne correspond à aucun des deux.

Elle démontre expérimentalement jusqu’où peut aller l’apostolat des baptisés.

Sans prêtres présents, des laïcs ont réussi à transmettre une doctrine complexe, à organiser une communauté et à maintenir une foi suffisamment forte pour survivre aux persécutions.

Mais elle montre simultanément la limite de cette autonomie.

Les laïcs pouvaient prêcher.

Ils pouvaient enseigner.

Ils pouvaient prier ensemble.

Ils pouvaient transmettre la foi.

Ils ne pouvaient pas se donner à eux-mêmes l’Eucharistie ni fabriquer un sacerdoce par décision communautaire.

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Une étonnante anticipation de Vatican II ?

Lorsque Vatican II parlera de l’apostolat des laïcs, il n’inventera donc pas une nouvelle catégorie de chrétien actif.

La Corée l’avait montré près de deux siècles auparavant.

Le baptisé possède une responsabilité missionnaire propre.

L’évangélisation ne commence pas obligatoirement lorsque le prêtre arrive.

Elle peut commencer dans une famille, une conversation, un groupe de lecture ou, comme en Corée, autour de quelques livres venus de l’étranger.

Mais la même histoire rappelle que la complémentarité des vocations ne signifie pas leur interchangeabilité.

Le laïc n’est pas un prêtre diminué.

Le prêtre n’est pas un laïc doté de pouvoirs supplémentaires.

Chacun possède une mission propre à l’intérieur d’une même Église.

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Une Église née d’un livre et devenue une Église de martyrs

Il reste quelque chose de profondément saisissant dans cette histoire.

Au commencement, il n’y avait presque rien.

Quelques ouvrages traversent une frontière.

Des lettrés les lisent.

L’un d’eux part à Pékin et demande le baptême.

Il revient.

Des hommes et des femmes croient.

Ils se réunissent.

Ils se trompent parfois.

Ils corrigent leurs erreurs.

Ils réclament des prêtres.

Ils transmettent la foi.

Puis commencent les persécutions.

Quelques décennies plus tard, cette communauté née autour de livres possède déjà ses martyrs, ses catéchistes, ses prêtres et finalement ses saints.

Ce qui semblait au départ être une curiosité intellectuelle était devenu une Église.

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🕊️ Saints du jour

Le 20 septembre, l’Église célèbre saint André Kim Tae-gŏn, prêtre, saint Paul Chŏng Ha-sang et leurs compagnons martyrs.

Les deux hommes résument admirablement l’histoire catholique coréenne.

Paul est le laïc qui consacre sa vie à maintenir et organiser l’Église.

André est le premier prêtre issu de cette même Église.

Le calendrier les réunit.

Il aurait été difficile de trouver meilleure leçon d’ecclésiologie.

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🎥 Vidéo

Saint Andrew Kim Taegŏn | Online with Saints

Une courte présentation du premier prêtre coréen, de sa formation et de son martyre.

Voir la vidéo sur YouTube

Une présentation plus développée de saint André Kim et des martyrs coréens est également disponible :

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📚 Sources

Saint Jean-Paul II, homélie pour la canonisation des martyrs coréens, Séoul, 6 mai 1984
Texte fondamental sur la naissance de l’Église coréenne par les laïcs et sur les premières persécutions.
Lire l’homélie sur Vatican.va

Saint Jean-Paul II, inauguration de la Conférence pastorale coréenne, 6 mai 1984
Sur l’initiative apostolique remarquable des premiers laïcs coréens.
Lire le texte sur Vatican.va

Vatican News, saints André Kim Tae-gŏn, Paul Chŏng Ha-sang et leurs compagnons
Présentation historique de la naissance de l’Église en Corée et des martyrs.
Consulter Vatican News

Encyclopédie de la culture coréenne, « système du pseudo-clergé »
Une source particulièrement intéressante pour comprendre l’expérience menée par les premiers catholiques coréens à partir de 1786.
Consulter l’article de l’Academy of Korean Studies

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🌏 Pour aller plus loin

📖 L’Église née d’un livre : le mystère des premiers catholiques coréens

Sur Mystica Insolita, le même épisode est abordé sous un autre angle : celui d’une foi qui pénètre dans un pays presque sans missionnaires, par la circulation des livres, la lecture et cette étonnante fécondité spirituelle qui transforme quelques lecteurs en une communauté de croyants.

Lire « L’Église née d’un livre : le mystère des premiers catholiques coréens » sur Mystica Insolita

🇰🇷 Jean-Paul II et la canonisation des martyrs coréens

En 1984, Jean-Paul II insiste précisément sur ce qui rend l’histoire coréenne exceptionnelle : la première communauté chrétienne du pays fut constituée par des laïcs avant de recevoir durablement des missionnaires.

Relire l’homélie de canonisation du 6 mai 1984

⛪ Une Église qui suscita elle-même ses prêtres

Dès les années 1820, les communautés coréennes commencèrent à soutenir et susciter des vocations sacerdotales. André Kim est le fruit de cette longue attente.

Jean-Paul II au grand séminaire de Séoul, 3 mai 1984

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💬 Et vous ?

L’histoire de l’Église de Corée oblige à sortir d’une opposition trop facile entre prêtres et laïcs.

Les premiers catholiques coréens ont montré jusqu’où pouvait aller l’apostolat des baptisés : découvrir eux-mêmes la foi, la transmettre, former des communautés et résister à la persécution.

Mais ils ont également découvert qu’une communauté ne pouvait pas se donner elle-même le sacerdoce et les sacrements.

Comment retrouver aujourd’hui cette complémentarité, avec des laïcs pleinement missionnaires et des prêtres pleinement prêtres ?

N’hésitez pas à partager votre réflexion dans les commentaires.

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