✝️ Estimer les autres religions sans relativisme

 


Ce que l’Église enseigne vraiment




🇻🇦 Summarium latine

Ecclesia Catholica, dum Iesum Christum unicum Salvatorem et Redemptorem humani generis confitetur, ea quae vera et sancta sunt in aliis religionibus agnoscere et aestimare non recusat. Dialogus interreligiosus neque relativismum neque abdicationem a fide christiana significat. A declaratione Nostra aetate usque ad documentum Dominus Iesus, Ecclesia docet omnes homines reverentia prosequendos esse atque semina veritatis ubicumque reperiuntur agnoscenda, plenitudinem tamen salutis in Christo manere. Nova Nota A Journey of Hope, a tribus Dicasteriis Romanis edita et a Leone XIV approbata, hanc doctrinam confirmat: dialogus sincerus identitatem catholicam non delet, sed eam cum caritate, veritate et reverentia erga alios coniungit.


Le 16 septembre 2026, trois dicastères romains ont publié ensemble une importante note consacrée aux soixante ans de Nostra aetate. Intitulée A Journey of Hope, « Un chemin d’espérance », elle a été préparée par le Dicastère pour la Doctrine de la foi, le Dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens et le Dicastère pour le Dialogue interreligieux. Léon XIV l’avait approuvée le 22 juin 2026 et en avait ordonné la publication.

Une formule a particulièrement attiré l’attention : l’Église invite les catholiques à considérer les autres traditions religieuses avec « estime et respect ». Faut-il y voir l’affirmation que toutes les religions se valent ? Que le christianisme ne serait plus qu’un chemin parmi d’autres conduisant également à Dieu ?

Le document dit précisément le contraire sur plusieurs points essentiels. Il faut donc revenir à ce que l’Église entend par cette « estime ».

📜 Une affirmation qui vient de Vatican II

Il n’y a ici aucune doctrine nouvelle inventée sous Léon XIV. La formule provient directement de la déclaration Nostra aetate, promulguée par saint Paul VI le 28 octobre 1965.

Le Concile déclare que l’Église catholique « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint » dans les autres religions. Elle considère avec respect certaines de leurs manières de vivre, leurs préceptes et leurs doctrines, même lorsque ceux-ci diffèrent profondément de ce qu’elle-même croit et enseigne.

Mais la phrase ne s’arrête pas là. Nostra aetate rappelle également que l’Église doit annoncer sans cesse le Christ, en qui les hommes trouvent la plénitude de la vie religieuse.

Les deux affirmations appartiennent donc au même enseignement.

Reconnaître une vérité chez celui qui ne partage pas la foi chrétienne ne signifie pas considérer toutes ses croyances comme vraies. Reconnaître qu’une tradition religieuse transmet certains principes moraux justes ou une authentique recherche de Dieu ne signifie pas que toutes les religions possèdent la même valeur doctrinale.

La note de 2026 reprend précisément cette distinction. Elle pose même explicitement la question : comment concilier la fidélité à l’identité chrétienne et l’ouverture sincère à l’autre ?

🤝 Estimer n’est pas approuver

C’est probablement là que se trouve le principal malentendu.

Un catholique peut estimer un musulman sans croire que Mahomet est prophète. Il peut respecter un juif sans cesser de confesser Jésus comme Messie. Il peut reconnaître une aspiration authentique au divin dans une autre tradition sans adhérer à sa théologie.

Le respect concerne d’abord la personne. L’estime peut également porter sur ce qu’une religion possède effectivement de vrai, de bon ou de saint. Mais ni le respect ni l’estime n’obligent à déclarer vraies des doctrines contradictoires.

Le christianisme affirme que Jésus est Dieu incarné. L’islam le nie. Ces deux propositions ne peuvent pas être simultanément vraies dans le même sens.

Le dialogue interreligieux ne consiste donc pas à supprimer les contradictions. Au contraire, un véritable dialogue suppose que chacun puisse dire ce qu’il croit.

La note romaine insiste elle-même sur la nécessité d’une conscience claire de sa propre identité religieuse et culturelle. Elle exclut également expressément l'idée d'une grande religion mondiale dans laquelle les croyances particulières finiraient par être fondues.

✝️ Le Christ demeure l’unique Sauveur

C’est ici que Dominus Iesus conserve toute son importance.

Publiée en 2000 par la Congrégation pour la Doctrine de la foi sous saint Jean-Paul II, cette déclaration répondait notamment aux conceptions présentant les différentes religions comme autant de voies parallèles et complémentaires de salut.

La doctrine catholique ne peut accepter une telle conception.

Si un homme est sauvé, son salut vient ultimement du Christ, même lorsque cet homme n’a pas connu explicitement Jésus durant sa vie. L’action de la grâce peut dépasser les frontières visibles de l’Église, mais elle ne constitue pas pour autant une économie du salut indépendante de Jésus-Christ.

Il faut donc distinguer deux affirmations.

Dieu peut agir dans le cœur d’un homme appartenant à une autre religion.

Cela ne signifie pas que cette religion constitue par elle-même une voie salvifique parallèle au Christ.

Cette distinction permet de comprendre pourquoi l’Église peut simultanément pratiquer le dialogue interreligieux et continuer à évangéliser.

✡️ Le cas particulier du judaïsme

Le judaïsme occupe une place singulière dans Nostra aetate et dans la nouvelle note.

Le christianisme n’entretient pas avec Israël le même rapport historique et théologique qu’avec les autres religions. Jésus est juif. Marie est juive. Les apôtres sont juifs. Les Écritures d’Israël appartiennent à la Bible chrétienne et la liturgie de l’Église est profondément enracinée dans cet héritage.

La note rappelle d’ailleurs que l’histoire de Nostra aetate commence largement par la volonté de renouveler les relations entre chrétiens et juifs après la Shoah.

Reconnaître cette relation particulière n’efface pourtant pas la confession chrétienne du Christ.

Le document rappelle la permanence de l’Alliance de Dieu avec Israël tout en maintenant la conviction chrétienne selon laquelle le Christ est l’unique Rédempteur. Il ne s’agit donc pas d’imaginer deux saluts indépendants, l’un par le Christ pour les chrétiens et l’autre sans le Christ pour les juifs.

La relation entre l’Église et Israël demeure un mystère théologique particulier, mais elle ne supprime pas l’universalité du Christ.

☪️ « L’Église regarde aussi avec estime les musulmans »

La formule appliquée à l’islam n’est pas davantage une invention récente.

Nostra aetate déclarait déjà en 1965 que l’Église regarde « avec estime » les musulmans, en mentionnant notamment leur affirmation de l’unicité divine, la prière, l’aumône et le jeûne.

La note de 2026 reprend cette perspective et insiste sur la nécessité de ne pas identifier l’ensemble des musulmans aux mouvements fondamentalistes ou terroristes.

Cela ne rend évidemment pas inutile la discussion théologique.

Les divergences entre christianisme et islam touchent au cœur même de la foi chrétienne : Trinité, Incarnation, divinité du Christ, Croix et Résurrection.

Le dialogue ne consiste donc pas à faire semblant que ces différences seraient secondaires. Il consiste à pouvoir les exposer sans transformer celui qui croit autrement en ennemi.

Un dialogue qui interdirait au chrétien de confesser la divinité du Christ serait un faux dialogue. Mais une apologétique qui considérerait automatiquement l’interlocuteur comme un adversaire à abattre manquerait également quelque chose de l’exigence chrétienne de charité.

🌍 Dialogue et évangélisation sont-ils contradictoires ?

C’est l’une des questions les plus intéressantes posées par le document.

La note rappelle que le dialogue interreligieux appartient à la mission évangélisatrice de l’Église. Mais elle rappelle parallèlement que cette mission demeure inséparable de la fidélité à Jésus-Christ, « le Chemin, la Vérité et la Vie ».

Le dialogue ne remplace donc pas l’annonce.

Les deux répondent à des situations différentes et peuvent se rencontrer. On peut travailler avec un croyant d’une autre religion pour secourir des pauvres, défendre la liberté religieuse ou empêcher une guerre sans prétendre que les différences doctrinales ont disparu.

On peut également discuter théologie avec lui.

Et l’on peut témoigner de sa propre foi.

La rencontre n’oblige pas au silence.

⚠️ Et le relativisme ?

La crainte n’est pas imaginaire.

Depuis Vatican II, certaines présentations du dialogue interreligieux ont parfois donné l’impression que l’affirmation d’une vérité religieuse serait en elle-même suspecte et que la forme idéale du dialogue consisterait à renoncer à toute prétention à la vérité.

Ce serait pourtant transformer le dialogue en relativisme.

Or la nouvelle note affirme explicitement qu’il ne s’agit pas de fonder une religion mondiale dans laquelle toutes les croyances seraient nivelées. Elle demande au contraire de maintenir les différences irréductibles entre traditions religieuses.

C’est une précision importante.

Si toutes les religions disaient finalement la même chose, le dialogue deviendrait d’ailleurs inutile. On ne dialogue véritablement qu’avec quelqu’un qui peut être en désaccord avec soi.

🕊️ La ligne de crête catholique

Deux erreurs opposées sont donc possibles.

La première consiste à penser que la fidélité au Christ oblige à mépriser tout ce qui existe dans les autres traditions religieuses.

La seconde consiste à croire que le respect des autres traditions exige de considérer toutes les religions comme également vraies.

La doctrine catholique ne se réduit à aucune de ces positions.

Elle affirme que toute vérité vient ultimement de Dieu et peut donc être reconnue partout où elle se trouve. Elle affirme en même temps que la Révélation atteint pour les chrétiens son accomplissement en Jésus-Christ.

Ainsi, reconnaître qu’un musulman prie sincèrement Dieu ne contraint pas à accepter la christologie coranique. Reconnaître l’héritage spirituel d’Israël ne demande pas de cesser de proclamer Jésus Messie et Seigneur. Reconnaître chez un croyant d’une autre tradition une authentique recherche du bien ne transforme pas toutes les doctrines religieuses en propositions équivalentes.

C’est précisément parce que la vérité existe que l’on peut en reconnaître des éléments chez l’autre.

⛪ Léon XIV dans la continuité de ses prédécesseurs

Sur ce point, le document permet également de mieux situer Léon XIV.

Il ne marque pas une rupture avec ses prédécesseurs. La note présente elle-même une continuité allant de Paul VI à Jean-Paul II, Benoît XVI et François, puis à Léon XIV.

Le pape actuel insiste particulièrement sur trois mots qui doivent accompagner le dialogue : paix, justice et vérité.

Le dernier est essentiel.

La paix ne demande pas l’indifférence doctrinale. Le respect n’exige pas de prétendre que les contradictions n’existent pas. Et le dialogue n’a de sens que s’il permet à chacun de parler depuis ce qu’il croit réellement.

Léon XIV a également rappelé que l’utilisation du nom de Dieu pour légitimer le terrorisme, la violence ou la guerre constitue une trahison de la religion.

Dans un monde où la religion peut encore être instrumentalisée politiquement, le dialogue interreligieux possède donc également une dimension très concrète : empêcher que la différence religieuse devienne automatiquement une logique d’affrontement.

🔎 Alors, que demande réellement Rome ?

Le titre selon lequel le Vatican demanderait aux catholiques « d’estimer les autres religions » peut facilement produire deux réactions opposées : l’enthousiasme de ceux qui y verraient enfin l’abandon des prétentions exclusives du christianisme, ou l’inquiétude de ceux qui y verraient une nouvelle étape vers le relativisme.

Le texte lui-même est plus complexe.

Oui, l’Église demande aux catholiques de reconnaître avec estime ce qui est vrai et saint dans les autres traditions.

Oui, elle considère le dialogue interreligieux comme une dimension de sa mission.

Oui, elle condamne le mépris et les discriminations fondées sur la religion.

Mais elle ne demande pas au chrétien de croire que toutes les religions sont vraies.

Elle n’annonce pas plusieurs rédempteurs.

Elle ne fonde pas une religion universelle supérieure aux religions existantes.

Et elle ne cesse pas de confesser Jésus-Christ.

Le véritable défi n’est donc peut-être pas de choisir entre dialogue et vérité. Il consiste à tenir les deux ensemble.

Respecter sans relativiser. Dialoguer sans dissimuler. Reconnaître la vérité partout où elle se trouve sans oublier Celui que les chrétiens confessent comme la Vérité.


📚 Pour aller plus loin

Sur Defensio Catholicismi, plusieurs articles permettent de prolonger directement cette réflexion :

🔹 Le salut des musulmans : comment penser le salut de ceux qui ne professent pas explicitement la foi chrétienne sans transformer les religions en voies parallèles de salut ?

🔹 Vatican II en continuité : la clé du Magistère pontifical : pour replacer Nostra aetate dans la question plus générale de la continuité doctrinale avant et après le Concile.

🔹 ✝️ Le Juge à la fin des temps : Jésus, ou Dieu seul ? : une confrontation avec la tradition islamique autour de la place exceptionnelle attribuée à Jésus.

🔹 ✝️ Jésus crée la vie : qui peut faire cela sinon Dieu ? : un exemple d’apologétique chrétienne face à l’islam qui permet précisément de mesurer ce qui distingue dialogue et relativisme.


📑 Sources

🔹 A Journey of Hope. Sixty Years of Interreligious Dialogue and Fraternity in the Light of Nostra Aetate, Saint-Siège, 16 septembre 2026

🔹 Présentation de la note par le Saint-Siège, 16 septembre 2026

🔹 Nostra aetate, 60 years on: Church renews dialogue against hatred and division, Vatican News

🔹 Concile Vatican II, Déclaration Nostra aetate, 28 octobre 1965.

🔹 Congrégation pour la Doctrine de la foi, Déclaration Dominus Iesus, 6 août 2000.


💬 Et vous ?

Peut-on reconnaître ce qui est vrai et saint dans les autres religions tout en confessant sans ambiguïté Jésus-Christ comme unique Sauveur ?

Le dialogue interreligieux permet-il de mieux témoigner de la foi chrétienne lorsqu’il repose sur une identité catholique claire, ou risque-t-il toujours de dériver vers le relativisme ?

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