3 novembre : et si nous fêtions les vivants ?
Après le ciel, reprendre la route
Résumé en latin
Post sollemnitatem Omnium Sanctorum et commemorationem fidelium defunctorum, cur non de christianis adhuc in terris peregrinantibus meditemur? Haec « festivitas viventium » non est celebratio liturgica instituta, sed invitatio ad vocationem nostram recolendam. Ecclesia militans contra peccatum pugnat, caritate operatur et spe sustentatur. Cum sanctis et defunctis in uno Christi Corpore coniuncti, ad sanctitatem cotidie vocamur.
Le 1er novembre, nous avons célébré tous les saints. Le 2, nous avons prié pour les défunts. Et le 3, pourquoi ne pas penser à ceux qui doivent encore se lever le matin, travailler, supporter leurs contrariétés et apprendre à aimer leur prochain ? Après l’Église triomphante et l’Église souffrante, voici donc une proposition pour l’Église militante : une « fête des vivants », ou plutôt de ceux qui sont encore en chemin.
Précisons-le avec le sourire : cette fête n’existe pas dans le calendrier liturgique. Il s’agit d’un prolongement spirituel des deux journées précédentes. Nous avons contemplé la sainteté accomplie et confié les défunts à Dieu ; il nous reste maintenant à vivre.
Les saints aussi sont vivants !
Notre proposition appelle d’abord une correction, qui touche au cœur de l’espérance chrétienne. Les saints ne sont pas moins vivants que nous. Ils vivent dans la communion de Dieu. Jésus le rappelle dans l’Évangile :
« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »
Cette parole interdit de réduire l’Église à ceux que nous pouvons encore rencontrer dans la rue. La mort transforme notre relation avec ceux qui nous ont quittés, mais elle ne les soustrait pas à Dieu.
La « fête des vivants » serait donc, plus exactement, celle des vivants encore sur terre : ceux pour qui le temps de la décision, du service et de la conversion se poursuit. Nous ne savons pas combien de jours nous restent. Nous savons que celui-ci nous est donné.
Une seule Église, trois conditions
Le vocabulaire traditionnel distingue l’Église triomphante, qui désigne les saints dans la gloire ; l’Église souffrante, les âmes qui connaissent la purification du purgatoire ; et l’Église militante, les fidèles poursuivant leur vie terrestre.
Ces expressions décrivent trois conditions au sein d’une même communion. Le concile Vatican II reprend cette réalité dans Lumen gentium, au numéro 49 : certains disciples continuent leur pèlerinage sur terre, d’autres se purifient après leur mort, d’autres contemplent Dieu dans la gloire. Tous ceux qui appartiennent au Christ sont unis en lui, selon des modalités différentes.
Cette communion donne une profondeur particulière au début de novembre. Les saints intercèdent pour nous ; nous prions pour les défunts ; et nous avons aussi à nous soutenir les uns les autres. La vie chrétienne se reçoit et se partage.
« Militante » : quel combat avons-nous à mener ?
Le mot peut surprendre. Il évoque aujourd’hui les partis, les manifestations ou les affrontements idéologiques. Dans son sens spirituel, il rappelle que suivre le Christ demande un engagement et comporte un combat.
Ce combat commence au plus près : dans notre cœur. Il faut parfois lutter pour reconnaître une faute, maîtriser une colère, résister à une jalousie ou renoncer au plaisir de rabaisser quelqu’un. Il faut aussi du courage pour défendre une personne injustement traitée, dire une vérité difficile ou rester fidèle à sa foi lorsque cela coûte.
Saint Paul développe cette image du combat spirituel dans le sixième chapitre de la lettre aux Éphésiens. Les armes qu’il évoque sont la vérité, la justice, la foi, le salut, la parole de Dieu et la prière ; les pieds du croyant doivent être prêts à annoncer l’Évangile de la paix. La métaphore guerrière engage donc à une vigilance intérieure et à une fidélité active, jamais à la violence contre les personnes.
On peut défendre une idée juste avec une vanité immense. On peut gagner une discussion et perdre une occasion d’aimer. L’Église militante a besoin de conviction, mais également d’examen de conscience.
Le 3 novembre, la sainteté retrouve ses vêtements de travail
Après les grandes célébrations, les tâches ordinaires nous attendent. Les courriels n’ont pas disparu. La vaisselle non plus. Le collègue difficile n’a pas été miraculeusement transformé pendant la nuit — et il pense peut-être la même chose de nous.
C’est précisément là que notre proposition prend son sens. La sainteté contemplée le 1er novembre doit trouver une traduction dans l’existence du 3. Nous pouvons admirer la patience des saints, puis exercer la nôtre lorsqu’une personne nous interrompt. Nous pouvons louer leur générosité, puis consentir à donner un peu de notre temps.
La fidélité quotidienne se nourrit de la prière, de la parole de Dieu et des sacrements. Elle nous unit au Christ et nous donne la force de vivre selon l’Évangile, jusque dans les tâches les plus ordinaires. Accomplir un travail avec soin, tenir une promesse ou rendre un service discret peut ainsi devenir une manière de servir Dieu et d’aimer notre prochain en lui.
Mais notre mission comporte aussi une parole à transmettre : annoncer Jésus-Christ, mort et ressuscité pour notre salut. Parler de sa foi lorsque l’occasion se présente, faire découvrir l’Évangile, transmettre la foi aux enfants, inviter une personne à la messe ou accompagner quelqu’un qui cherche Dieu appartiennent pleinement à la vie de l’Église militante. Le témoignage des actes et l’annonce explicite se soutiennent : nous sommes appelés à vivre de celui que nous annonçons.
Notre journée contient ainsi une matière spirituelle très concrète : ce que nous faisons, la manière dont nous le faisons et les personnes auxquelles nous prêtons attention.
Prendre soin des vivants avant de fleurir leur tombe
Les premiers jours de novembre nous apprennent la fidélité envers les morts. Ils peuvent également réveiller notre attention envers ceux qui sont toujours là.
Nous préparons parfois de belles paroles pour les funérailles de personnes auxquelles nous n’avions plus rien dit depuis longtemps. Nous découvrons après leur mort ce que leur présence représentait. Sans transformer ces regrets en culpabilité, nous pouvons en tirer une résolution : exprimer aujourd’hui une gratitude encore possible.
Téléphoner à une personne isolée. Remercier quelqu’un. Écouter un récit déjà entendu. Demander pardon avant que le silence ne s’installe durablement. Rendre visite sans attendre une occasion solennelle.
La mémoire des morts peut nous rendre plus attentifs à la fragilité des vivants. Une tombe fleurie et une porte à laquelle on frappe procèdent alors d’une même fidélité.
Une Église qui avance avec ses blessures
L’expression « Église militante » ne désigne pas une assemblée de héros impeccables. Les chrétiens qui cheminent sur terre ont besoin de conversion. Ils portent des faiblesses personnelles, et la vie de l’Église est aussi marquée par des fautes qui demandent vérité, justice et réparation.
Il serait vain de parler de combat spirituel en refusant de regarder ces réalités. La fidélité au Christ implique de reconnaître le mal, de protéger ceux qui le subissent et de corriger ce qui doit l’être.
À l’échelle de chacun, cette fidélité passe aussi par la simplicité de demander de l’aide. La prière, les sacrements et l’accompagnement fraternel soutiennent une marche que personne ne peut accomplir uniquement par ses propres forces.
Il y a des jours où avancer signifie accomplir beaucoup. Il en est d’autres où cela consiste à se relever et à reprendre un pas.
Une fête à célébrer en actes
Cette « fête » imaginaire pourrait donc avoir un programme très simple : remercier Dieu pour la vie reçue, prier pour une personne qui traverse une épreuve, accomplir un service et choisir un point concret de conversion.
Elle pourrait également comporter un repas partagé, une promenade ou un moment de joie. La gravité de notre vocation chrétienne laisse toute sa place à la reconnaissance pour les biens de la vie. Nous pouvons recevoir une journée comme un don, même lorsqu’elle reste imparfaite.
Le 1er novembre nous montre vers quoi nous marchons. Le 2 nous apprend à porter les défunts dans la prière. Le 3 pourrait nous rappeler que notre propre réponse est encore à donner.
Après avoir célébré les saints et prié pour les morts, prenons soin des vivants. Nous avons encore du chemin, et nous pouvons nous aider à le parcourir.
Prière pour ceux qui sont encore en chemin
Seigneur Jésus,
toi qui nous appelles à te suivre,
garde-nous dans la foi, l’espérance et la charité.
Apprends-nous à combattre le mal sans haïr les personnes,
à reconnaître nos fautes et à accueillir ton pardon.
Rends-nous attentifs à ceux que nous pouvons encore aimer et servir.
En communion avec les saints,
et dans la prière pour nos défunts,
conduis nos pas vers la joie de ton Royaume.
Amen.
Sources et repères
Concile Vatican II, Lumen gentium, notamment les nos 48–51, sur l’Église en marche et sa communion avec l’Église du ciel.
Évangile selon saint Luc, chapitre 20, verset 38 : « Tous, en effet, vivent pour lui ».
Lettre de saint Paul aux Éphésiens, chapitre 6, versets 10–18 : le combat spirituel.


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